LIVRE LU
actions ont prouvé mille fois: c'est qu'après le service que nous devons a Dieu, il n'y a point de service plus sacré, et que nous devions rendre plus fidèlement et plus inviolablement qu'à notre roi, et nous serons prêts dans toutes les circonstances à. donner de nouvelles preuves de cette vérité gravée dans nos cœurs. »
Cette déclaration, qui fut rendue publique, étonna et satisfit le prince de Beauvau; il ne vit dans les protestants que de bons et loyaux Français dont le seul crime était de vouloir servir Dieu selon leur conscience. Il permit, dès lors, à ceux de Nîmes de se choisir, près de la ville, un lieu pour y tenir leurs assemblées, pourvu qu'elles eussent lieu en plein jour. Le lieu fut choisi; mais le commandant de la place l'ayant trouvé trop près, ils en choisirent un autre aussi près, mais moins en vue. Ce fut un beau jour pour eux que celui où, sans crainte des soldats, ils transportèrent des bancs et des chaises dans le lieu indiqué, et y dressèrent une chaire. Des larmes de joie coulaient de leurs yeux et chacun, dans l'effusion d'un cœur reconnaissant, rendait grâces à Dieu de ses merveilleuses délivrances. Pour la première fois, depuis longtemps, les catholiques, à la vue de leurs frères accourant à leur prêche, ne poussèrent pas des cris de rage. Le vent de tolérance qui soufflait a Paris, s'était fait sentir jusqu'à eux. Il y eut cependant quelques employés de l'administration qui critiquèrent amèrement la tolérance du prince de Beauvau et obtinrent du comte de Saint-Florentin de faire cesser un pareil ordre de choses contraire aux édits. Les protestants obéirent sans murmure; le prince touché de leur soumission leur permit de nouveau de célébrer leur culte. «Le consistoire de Nîmes, dit M. le pasteur Borrel, par suite de cette haute protection, ne tarda pas à donner au culte public une forme régulière et à lui assurer une célébration périodique. Dans ce but, il choisit, pour les assemblées d'hiver, un emplacement situé sur le penchant d'une colline à quelque distance du lit pierreux et desséché du Cadereau, entre le chemin de Sauve et celui d'Alais. Ce vaste amphithéâtre , nommé Y Ermitage, se trouve placé, par son exposition, à l'abri des vents du nord. La chaire se dressait dans le fond de la colline et les auditeurs s'asseyaient en face sur des gradins construits avec des pierres
ou sur des sellettes pliantes et portatives, qui avaient reçu le nom de sellettes du désert. Le service commençait toujours par le chant du psaume C, qui servait comme d'appel aux fidèles qu'on voyait arriver par familles et par quartiers. Ce lieu, si convenable pendant l'hiver, ne pouvait servir en été; aussi un second emplacement fut choisi non loin de là. (Tétait une carrière de pierre à chaux vive qui s'appelait l'Echo ou Lecques. Là, entre deux rochers perpendiculaires, détruits maintenant par les mines des carriers, se trouvait une vaste enceinte dans laquelle les auditeurs, quel qu'en fût le nombre, pouvaient se placer à l'abri du soleil, et où l'on n'arrivait que par deux sentiers étroits. Une gravure du temps, reproduite de nos jours par la lithographie, représente avec exactitude cette enceinte vénérable, dont tous les étrangers curieux d'étudier sur les lieux l'histoire de nos pères recherchent l'emplacement.»
Les jésuites qui, depuis la fondation de leur ordre, n'avaient pas cessé de réclamer l'extirpation complète du protestantisme du sol français, se virent à leur tour attaqués par La Châlotais , procureur général au parlement de Rennes, qui provoqua leur suppression, dans un réquisitoire, intitulé Compte rendu des constitutions des jésuites; il établit par des citations extraites des livres de leurs docteurs, qu'ils enseignaient une morale destructive de toute morale; les disciples de Loyola firent bravement tête à l'orage, et après un procès demeuré célèbre dans les annales judiciaires, intervint, le 6 août 1762, un arrêt du parlement de Paris, qui prononça la suppression de leur ordre, et ordonna que leurs livres contenant des propositions immorales seraient brûlés publiquement par la main du bourreau.1
1 . Voir pour les pièces de cet étrange et célèbre procès : le Compte rendu des constitutions des jésuites , par Louis-René de Carfadeiic de la Châlotais, et l'arrêt longuement motivé du parlement de Paris. Le tout contenu dans un volume in-4°, sans désignation d'imprimeur et avec le millésime M.DGC.LX1I.