‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 199 sur 263 · Ils étaient encore au nombre de · texte numérisé non relu

Ils étaient encore au nombre de

2. Il avait été condamné aux galères à perpétuité pour avoir assisté aux assemblées.

cruel supplice; il y en a plusieurs à qui de plus pressants besoins le font supporter....»1

Le vieillard demandait, dans sa lettre, à Dieu qu'il couronnât de nouvelles grâces, celles qu'il lui avait déjà communiquées. «Pardonnez à mon âge, lui disait-il en terminant, les interlignes et les autres défauts d'écriture. » Paul Rabaut n'oubliait pas les prisonnières de la tour de Constance; elles étaient encore au nombre de quatorze, parmi elles s'en trouvait une qui avait sur ses compagnes le malheur d'une éducation supérieure qui lui faisait sentir plus durement sa, captivité; on l'appelait Marie Durand, elle était fille d'Étienne Durand, greffier consulaire, et sœur du jeune pasteur du désert, Pierre Durand, mort martyr de sa foi à Montpellier le 22 avril 1732. La jeune Cévenole avait à peine quinze ans quand elle fut jetée dans ce tombeau ; son âme noble et fière ne fléchit pas, et sa foi, pendant trente-huit ans, lui tint fermées ces portes qui auraient pu s'ouvrir pour elle avec ces deux mots : «j'abjure,» elle ne les prononça pas. Boissy d'Anglas, encore enfant, la vit, elle n'était plus jeune, mais moins vieillie cependant par les années que par les souffrances. «J'ai vu, raconte cet homme célèbre à ses enfants, cette tour de Constance qui doit vous inspirer un bien vif intérêt : la bisaïeule de votre mère y ayant été enfermée, étant enceinte, comme accusée d'avoir été au prêche, y donna le jour à une fille de qui vous descendez. J'avoue que je n'ai rien vu de si propre à inspirer de longs souvenirs. C'était vers 1763, j'avais à peine sept ans; ma mère voulut aller visiter les malheureuses victimes d'une religion qui était la nôtre, et elle m'y conduisit avec elle; il y avait encore là plus de vingt-cinq prisonnières. La prison était composée de deux salles rondes l'une au-dessus de l'autre; celle d'en bas recevait, le jour de celle d'en haut par un trou rond d'environ six pieds de diamètre. Cette seconde salle le recevait d'un trou semblable fait à la terrasse qui en formait le toit. Beaucoup de lits étaient placés à la circonférence de chacune de ces deux pièces, et c'étaient ceux des prisonnières. Le feu se faisait au centre et la fumée ne pouvait s'échapper que par

1. Trois séances sur l'aul Rabaut et les protestants français au dix-huitième siècle, par Louis Bridel. Lausanne, 1854.

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