Essais sur Malesherbes, lre partie, p
désire au monde après la paix de l'Église : celle d'avoir le doux avantage de vous voir. Mes plus respectueuses salutations à tous ceux qui vous sont chers; puissiez-vous, et le talent que vous avez reçu du ciel, revivre en eux jusqu'à la fin des siècles. Incendiez ma lettre, s'il vous plaît. Ayez la bonté de prier Dieu pour nous, en particulier pour notre malade; notre santé à presque toutes est fort altérée.»1
La prisonnière nous a légué la liste de ses infortunées compagnes de captivité; le cœur se serre de douleur à la vue de ces noms tracés d'une main tremblante; noms ignorés, mais dignes de vivre dans le cœur des protestants, parce que celles qui les portèrent furent d'héroïques témoins de Jésus-Christ, et lui sacrifièrent, la plupart, leur jeunesse, toutes, leur liberté.
Paul Rabaut, à force d'instances, engagea le prince de Beauvau à visiter les prisonnières; il se rendit à Aigues- Mortes, pendant une inspection qu'il faisait des forteresses de la plage accompagné de son neveu, le chevalier de Boufïïers. «Lorsque nous entrâmes dans la tour, dit ce dernier, quatorze femmes y languissaient dans la misère et dans les larmes, privées d'air et de jour. Le commandant, guerrier religieux et philanthrope, dont la noble figure annonçait la majestueuse beauté de son âme, eut peine à contenir son émotion , et, pour la première fois sans doute, ces infortunées aperçurent la compassion sur un visage humain. Je les vois encore à cette apparition subite, tomber toutes à la fois à ses pieds, les inonder de pleurs, essayer des paroles et ne trouver que des sanglots; puis enhardies par nos consolations, raconter toutes ensemble leurs communes douleurs. Hélas! tout leur crime était d'avoir été élevées dans la même religion que Henri IV. La plus jeune de ces martyres était âgée de plus de cinquante ans; elle en avait huit lorsqu'on l'avait arrêtée avec sa mère, et la punition durait encore.»
1. Mss. P. R. — Correspond, or. 1762, — Ch. Coquerel, t. H, p. 43 et suiv.