‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 21 sur 263 · Nap. Peyrat, t. II, p · texte numérisé non relu

Nap. Peyrat, t. II, p

de la hiérarchie, et fut successivement professeur, théologien, recteur, provincial, écrivain, et, de succès en succès, devint, en 1709, le confesseur de Louis XIV. Son influence sur le vieux monarque fut désastreuse, car, loin de le faire incliner vers les voies de douceur, il le poussa à d'odieux excès, non-seulement contre les protestants, mais encore contre les jansénistes qu'il haïssait mortellement. Saint-Simon, le rude portraitiste de la cour, nous a laissé de Letellier, un portrait fait de main de maître, un peu forcé, mais ressemblant. «C'était, nous dit-il dans ses mémoires, un esprit dur, entêté, appliqué sans relâche, dépourvu de tout autre goût que du triomphe de sa compagnie et du renversement de toute autre école; ennemi de toute dissipation, de toute société, de tout amusement, incapable d'en prendre avec ses propres confrères; il ne faisait cas d'aucun, que selon la mesure de la conformité de leur passion avec celle qui l'occupait tout entier. Sa tête et sa santé étaient de fer, sa conduite en était aussi, son naturel cruel et farouche... Son extérieur ne promettait rien moins; il eût fait peur au coin d'un bois; sa physionomie était ténébreuse, fausse, terrible, ses yeux ardents, méchants, extrêmement de travers ; on était frappé en le voyant.»1

Que pouvaient attendre les protestants de cet homme chargé de la direction de la conscience du roi? Revenons à Abraham.

Le prophète, après la dispersion de sa troupe, gagna les Cévennes à travers mille périls , et se dirigea vers la Lozère, où il rencontra le fameux Joany. L'intrépide camisard, après la soumission de Cavalier, avait accepté une lieutenance dans un régiment alors en Espagne. Le souvenir de la terre natale lui ayant donné le mal du pays, il se dirigea, par le Rouergue, vers ses chères Cévennes; il fut arrêté et conduit vers Bàville qu'il sut intéressera son sort, et au lieu de l'échafaud, auquel il s'attendait, il obtint du terrible proconsul une pension de centécus et une petite place dans la gabelle d'Agde. Cette vie monotone

Page 1