‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 212 sur 263 · LIVRE LUI · texte numérisé non relu

LIVRE LUI

nève; lors du couronnement de l'empereur Ferdinand III, il lui fit présenter un mémoire diplomatique pour établir la nécessité de réduire à l'obéissance « cette Babel du calvinisme, ce séminaire de l'hérésie, celte boutique où sont forgées toutes les révoltes, celte ville d'abominalion qui infecte de son venin toute l'Europe, cette chambre des cabales hérétiques1; » il ne put rien obtenir. Son successeur, Charles-Emmanuel II, crut le moment favorable arrivé en 1660; la canonisation de François de Sales se poursuivait à Rome; l'évêque Jean d'Àrenthon et les archevêques français insistaient auprès de Louis XIV pour que le nouveau saint pût être proclamé dans celte Genève qu'il n'était pas parvenu à ramener à la foi catholique; occupé ailleurs, Louis XIV n'écouta point. Les préparatifs des Genevois, l'armement des cantons protestants, qui, par un jeûne solennel , demandèrent à Dieu de « bénir leurs efforts pour garder la sainte liberté des enfants de Christ, » en imposèrent à leurs ennemis, que fanatisait l évêque d'Annecy; on n'osa rien tenter, d'autant plus qu'il ne se trouva point de Iraître. Genève résolut de sortir de ses continuelles inquiétudes; des ambassades furent envoyées à Turin, pour obtenir l'observation du traité de Saint-Julien; ces efforts furent inutiles, les jésuites et le pape Clément X s'ingéniaient à prouver au duc de Savoie qu'il ne devait pas tenir parole a des hérétiques. Persuadé par ces sophismes indignes, qui flattaient ses passions, Victor-Amédée II demanda de nouveau à Louis XIV l'autorisation de «causer, en prenant Genève, le plus grand bonheur que l'Eglise puisse avoir en ce siècle. » Louis XIV refusa péremptoirement. Genève ne pouvait plus être attaquée par les armes; la Congrégation romaine spécialement instituée contre elle (17 juin 1674) commença une nouvelle guerre, elle en appela au prosélytisme; cette arme s'émoussa à son tour, et son seul triomphe fut l'interdiction signifiée par Louis XIV à Genève d'entrer dans la Confédération suisse.

La journée de l'Escalade avait porté ses fruits.

t. Archives de la cour de Turin, 12e catégorie, paquet 6. (Gaberel, t. III, p. 287.)

« La mort des bien-aimés de l'Eternel est précieuse, » a dit le Psalmiste. Calvin n'était plus, Théodore de Bèze venait de descendre dans la tombe; mais leur esprit était là, leur foi vivait dans l'Église, et cette fidélité. Dieu la bénissait dans les destinées extérieures de la patrie. Genève était récompensée pour son attachement inébranlable aux dogmes de la Réforme, que pendant tout le dix-septième siècle elle défendit contre les novateurs.

L'école de Saumur avait jeté par son enseignement l'agitation dans l'Eglise réformée de France; ses professeurs déclaraient que Dieu élit tous les hommes, à condition qu'ils croient, mais qu'il ne donne pas à tous la foi, et que le péché d'Adam n'est pas imputable à ses descendants. Fidèle aux dogmes de la prédestination et du péché originel, Genève manifesta hautement sa désapprobation', tout en conviant les deux partis à la paix et à la concorde. Mais bientôt la controverse à laquelle elle n'assistait encore que de loin, s'engagea dans ses murs.

L'arrivée d'un étudiant de Saumur, Alexandre Morus de Castres, qui demandait l'admission au saint ministère, en fut l'occasion; nommé professeur par le Petit Conseil, malgré la Compagnie, il attaqua pendant trois ans le dogme calviniste et finit par quitter Genève après une triste rétractation. La Compagnie, instruite par ces luttes pénibles et désireuse de conserver la pureté de la foi, prit alors des mesures défensives. Elle arrêta en 1659 que ses membres s'engageraient par écrit à ne point embrasser les opinions de Saumur et à,ne rien enseigner de contraire à la confession de foi des Églises réformées de France, aux canons de Dordrecht et au catéchisme; puis en 1678 elle déclara qu'elle signerait le Consensus de Zurich, formule de condamnation du dogme arminien à la rédaction de laquelle un de ses membres, François Turretin, avait contribué. Le Petit Conseil soutint la Compagnie; l'affaire de Morus lui avait ouvert les yeux; il défendit d'enseigner ou de prêcher la nouvelle doctrine , tout en permettant la discussion, que d'abord il avait voulu interdire.

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