‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 214 sur 263 · LIVRE LUI · texte numérisé non relu

LIVRE LUI

déclara qu'il ferait célébrer la messe chez lui, qu'il appellerait l'évêque d'Annecy pour consacrer sa chapelle, et qu'il en ouvrirait les portes à tous les catholiques, Français ou étrangers. En vain, l'on essaya de l'en détourner, il ne céda point. Le 30 novembre 1679, le culte romain se célébrait de nouveau à Genève pour la première fois depuis la Réformation, en présence d'une foule d'étrangers agenouillés jusque dans la rue; mais l'évêque d'Annecy avait jugé prudent de ne point braver le peuple genevois fier de sa liberté religieuse. Ces manifestations l'irritèrent au suprême degré; aux provocations du résident il répondit par des provocations pareilles, et un dimanche de janvier 1680, que l'aumônier français, en dépit des conventions formelles, chantait la messe à tue-tête, la foule entonna au dehors à pleines voix ce chant de Bénédict Pichet :

A Rome Ton croit qu'une hostie Est Je corps de notre Seigneur, Et qu'un prêtre le sacrifie, C'est le langage de l'erreur. 1

Les pasteurs cherchèrent à calmer cette effervescence; mais les procédés des résidents qui élevaient toujours plus haut leurs prétentions et réclamaient une église , rendirent leurs efforts infructueux. Enfin, menacée de la colère de Louis XIV, Genève envoya à Paris (1680) deux députés qui surent si bien se concilier les ministres qu'ils obtinrent gain de cause; les résidents durent abandonner leur propagande, et leur chapelle fut le dimanche entourée de gardes pour empêcher les étrangers d'y entrer.

La petite Genève avait vaincu le grand roi.

Elle avait un grand courage, et elle ne se laissait pas etfrayer par la puissance de son adversaire; c'est qu'elle se reposait sur Dieu, sur ce Dieu qu'elle adorait en esprit et en vérité, s'inclinant humblement devant les grands mystères de la foi et préférant la folie de la croix à la sagesse du monde.

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