‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 215 sur 263 · Gaberel, t. III, p · texte numérisé non relu

Gaberel, t. III, p

Aussi à Genève la douleur fut immense, quand arrivèrent les premières nouvelles des persécutions dirigées par Louis XIV contre les réformés de son royaume; mais cette douleur ne fut point inactive; un refuge s'ouvrit aux fugitifs dans la cité de Calvin, qui devenait ainsi, pour la seconde fois, la mère de l'Église protestante de France. Bien d'autres auraient craint de déplaire à cet irascible voisin, qui, dans sa superbe, se comparait au soleil. Genève ne trembla point. Les villageois des bords du Rhône, toujours aux aguets, recueillaient les exilés aux frontières du pays de Gex et les guidaient jusqu'au fleuve, des signaux avertissaient les Genevois et bientôt la terre libre recevait ces nouveaux martyrs. En 40 ans, de 1082 à 4720, il en passa plus de 60,000 et Genève seule en entretint 3,000 dans ses murs. Louis XIV s'émut de cette sympathie chrétienne, qui lui semblait une insulte à sa grandeur; ses résidents demandèrent l'expulsion des réfugiés et firent savoir aux magistrats de Genève que Louvois réglerait sa conduite sur la leur. Il fallut obéir, 2,000 Français reçurent l'ordre de quitter la ville, ils sortirent, mais la nuit les portes se rouvrirent devant eux. Les résidents menacèrent la ville généreuse de toute la colère de leur souverain au nom duquel Louvois leur écrivait : « Dites à ces messieurs de Genève qu'ils se repentiront bientôt de m'avoir déplu. Je vais prendre les plus justes mesures pour leur faire connaître mon sentiment1. » Les représailles ne tardèrent pas; le commerce des grains avec l'étranger fut interdit dans le pays de Gex, et Genève recevait toujours des réfugiés. Les cantons suisses s'alarmèrent et décidèrent de « couvrir leurs alliés de la protection de leurs armes, s'en remettant à la divine Providence pour l'issue de la guerre.» Louis XIV céda devant cette fière contenance; ses menaces n'avaient eu d'autre résultat que de lui faire entendre ces sévères paroles, adressées par Ami Le Fort, de Genève, à M. de Croissy : ce Monseigneur, les rois comme les derniers gueux doivent un jour rendre compte des traités et des contrats qu'ils ont faits. »2

Encore une fois la force morale et religieuse avait vaincu

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