‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 216 sur 263 · LIVRE LUI · texte numérisé non relu

LIVRE LUI

la force brutale; l'esprit de foi de Calvin avait triomphé de l'astuce de Loyola; le droit d'hospitalité était reconnu par l'autocrate qui faisait bon marché du droit et du devoir.

Genève, métropole de la Réformation, n'avait pas réservé ses sympathies pour la France seule; partout où il y avait des confesseurs du Christ, souffrant pour leur foi, sa main libérale s'étendait pour les secourir. Les Églises étrangères s'adressaient à elle; de Hanau, de Magdebourg, de Lutzen, de la Hongrie, de la Pologne, de Livourne, de Constantinople même, et dans les premières années du siècle suivant, de la Transylvanie et de Saint-Pétersbourg, des appels pressants arrivaient à ta cité de Calvin, et elle envoyait, ses pasteurs, son argent, ses vœux, ses conseils. La duchesse de Mecklembourg, ayant beaucoup souffert des persécutions et s'étant vu «enlever la tutelle de son fils à elle donnée par testament, afin de le faire élever en la vraie religion réformée1 , » obtenait en 1646 un prêt de la République. Les Anglais, victimes des guerres religieuses y trouvaient un refuge; le synode de Westminster demandait des conseils à la Compagnie sur des points de la discipline; Genève soutenait le Parlement dans sa lutte avec les Stuarts, et lorsque le pasteur Diodali traita publiquement Cromwell de « diable » et Charles Ier de « martyr,» le Conseil le censura et lui ordonna le silence sous peine de suppression de sa charge, il avait vu dans la sanglante catastrophe de White-Hall un jugement de Dieu contre le malheureux monarque.

Ainsi le dix-septième siècle fut une grande époque pour Genève; elle fut crainte, respectée, aimée au dehors, tranquille à l'intérieur, elle avait la foi, elle éprouvait la fidélité de l'Éternel.

Avec le dix-huitième siècle, tout change à Genève. Sa position politique reste sauve; la Savoie renonce à ses prétentions, le roi Charles-Emmanuel III signe en 1754

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