Gaberel, t. III, p
un traité d'échange et de partage des terres en litige, et le 17 mars 1780, Vicfor-Amédée III rend un édit de tolérance par lequel ce il donne l'autorisation aux sujets protestants de ses terres de remplir leurs devoirs religieux dans les villages voisins, et il permet à messieurs les pasteurs de venir remplir leur ministère auprès de ses dits sujets, les sachant animés d'un zèle chrétien vraiment sincère et modéré. » 1
Le clergé catholique savoisien se montre tolérant, l'évèque d'Annecy oblige la supérieure d'un couvent de Gex de rendre une jeune fille protestante qu'on y avait attirée contre le gré de ses parents, car, lui écrit-il, « il n'y a point d'honneur pour notre religion d'y retenir les gens par force. » Il réprimande un curé libelliste et discute amicalement avec Pictet.
Mais les mœurs publiques s'altèrent; la discipline sévère se relâche; les ouvrages licencieux pénètrent dans les familles; le théâtre s'établit dans la cité de Calvin, grâce à l'intervention des diplomates français et par les ruses de Voltaire, qui s'applaudit de «corrompre la jeunesse de cette pédante ville; » et Genève, pleine de courage dans la lutte périlleuse qu'elle avait soutenue contre Louis XIV, n'a plus de force et baisse la tète. Le nombre des étudiants pour le saint ministère va en diminuant; il n'y a presque plus que de vieux pasteurs, qui ont peine à suffire aux devoirs de leur charge; il faut diminuer le nombre des prédications et hausser les traitements pour ramener les jeunes gens vers la carrière pastorale. Les instructions pour les réceptions à la sainte Cène sont négligées, et l'on n'ose pas même prononcer contre les indifférents la peine d'exclusion du Conseil général. Les esprits travaillent et fermentent; l'ère des révolutions s'ouvre pour Genève dès 1782; elles se succèdent pendant seize ans, avec tout leur triste cortège de persécutions et d'exils; les pasteurs ne sont pas plus respectés que les simples fidèles ; entre la Compagnie et le Conseil s'engagent des débats pleins d'aigreur. Enfin la République tombe devant la conquête française.
Que s'est-il donc passé? Pourquoi la main de Dieu s'est-