LIVRE LUI
de l'arminianisme, et je redoute même des choses plus graves; les esprits du siècle sont extrêmement portés à la nouveauté '. » Sa voix fut celle d'un prédicateur dans le désert, mais aussi d'un prophète : en 1725, la Compagnie abolit, dans la formule de consécration, l'engagement de fidélité aux canons de Dordrecht !
En même temps que Turrelin faisait tomber les barrières que la prudence du dix-septième siècle avait élevées pour entretenir au sein de la Compagnie le même esprit de foi, il faisait épurer à son gré la liturgie. Le péché originel y était trop ouverlemeni énoncé; ne disait-on pas dans la confession des péchés : «Nous sommes pauvres pécheurs, conçus et nés en iniquité et corruption, enclins à mal faire, inutiles à tout bien» ? Cette déclaration trop explicite fut remplacée par celte phrase incolore : « Nous sommes nés en corruption et enclins au mal.» La formule du baptême portait: «En te déclarant son Dieu et son Sauveur, en lui remettant le péché originel, duquel est coupable toute la lignée d'Adam; » c'était un scandale pour Turretin, il y fit substituer : « Comme toute la postérité d'Adam est dans un état de corruption et de misère, qu'il te plaise de te déclarer le Dieu et le Sauveur de cet enfant et de le sanctifier par ton Esprit. »
On avait gardé, dans la formule de consécration, l'engagement de fidélité au catéchisme, mais le catéchisme pouvait-il rester le même qu'autrefois ? La Compagnie, conséquente avec elle-même, ne le pensa pas; elle enleva au catéchisme de Dumoulin , qui avait remplacé celui de Calvin, son caractère obligatoire, et, tout en conservant momentanément le manuel de Calvin, comme livre scolaire , elle discuta le projet d'en retrancher les choses inutiles, comme les détails sur les Sacrements. La morale prenait la place du dogme : « les choses plus graves » que prévoyait Pictet s'accomplissaient, et elles achevèrent de s'accomplir, quand, dans les premières années du dixneuvième siècle, le catéchisme de Calvin et le symbole des apôtres furent définitivement abandonnés. Les libres penseurs triomphaient; la vieille cité de la Réformation n'avait plus qu'une foi terne et pâle, qui n'osait s'affirmer, si bien