Gaberel, t. III, p
que ses ennemis de jadis, les curés et les évêques, ne la redoutant plus, la traitaient avec une douceur et une modération qu'elle n'avait point connues au siècle précédent.
Avec une pareille disposition des esprits, il n'y a pas lieu de s'étonner que les encyclopédistes et Voltaire aient cherché à se faire des adhérents à Genève. La Compagnie leur résista; cette résistance ne fut pas tant une œuvre de foi que l'indignation de l'honnête homme contre les conseillers de la turpitude et de l'immoralité. La publication du Dictionnaire de Bayle par un imprimeur genevois ne put être entravée par la Compagnie, le Conseil la toléra, par égard aux dépenses déjà faites; mais bientôt il put constater le progrès qu'avaient fait les idées du sceptique sous la plume duquel se multiplient les récits scandaleux et les idées licencieuses.
Alors arriva Voltaire (1755), auquel le Conseil accorda l'autorisation de résider sur le territoire de la République; le professeur Vernes lui écrivit cette lettre plus que naïve : «Nous espérons, Monsieur, que vous entrerez dans nos vues, et que vous vous unirez à nous, quand l'occasion s'en présentera, pour détourner notre jeunesse de l'irréligion qui conduit au libertinage » Voltaire, qui ne songeait qu'à écraser l'infâme religion du Christ ! Voltaire convié à la défendre! L'aveuglement est vraiment incroyable ! Qui sème le vent recueille la tempête. Voltaire n'eut rien de plus pressé que de compromettre Genève à la face du monde civilisé, en mettant sur ses productions immorales le nom de la cité de Calvin, en les y répandant avec profusion, en se moquant des magistrats, en jouant à leur égard le rôle déplorable d'un comédien consommé. L'amour-propre des Genevois, leur dignité, furent blessés; ils ne croyaient plus à l'enseignement intégral de l'Écriture sainte, mais ils ne pouvaient la laisser ainsi bafouer, conspuer, vilipender; elle leur était restée sacrée et digne de respect. Ils procédèrent contre les pamphlets du « vieil ermite; » les exemplaires de « la sainte Bible enfin expli-