LIVRE LUI
quée par quelques aumôniers du roi de Prusse» furent saisis et détruits; le Dictionnaire philosophique fut déchiré par le bourreau et brûlé devant l'hôtel de ville. La Compagnie crut nécessaire de déclarer dans les journaux «sa foi complète, sa vénération religieuse, sa soumission entière d'esprit et de cœur envers le divin Maître et le Saint- Esprit parlant par les Écritures1, » sans insister — elle ne le pouvait plus, hélas ! — sur la divinité du Christ. Voltaire s'irrita, écrivit, calomnia; sommé de prouver, il se tut, et quitta bientôt le territoire de la République pour se rendre a Paris. Une fidélité inébranlable à la foi calviniste aurait protégé Genève; Voltaire n'aurait pas osé l'attaquer; il est du propre de certains hommes de ne s'en prendre qu'à ceux qui faiblissent, et Voltaire, malgré sa défense de Calas, était un de ces hommes.
Genève avait cru trouver en Voltaire un appui contre le vice; elle s'était trompée; elle se trompa tout autant à l'égard de Jean-Jacques Rousseau. Pour se donner ou se rendre une patrie, il était retourné au protestantisme; il prit alors la défense de la Compagnie accusée de socinianismeparles encyclopédistes, il se déclara contre lethéâtre, traitant de «fanfaron d'impiété» Voltaire, qui annonçait vouloir « régenter les vingt-cinq perruques dont le gouvernement genevois était composé. » Mais ses passions reprirent le dessus; il partit pour Paris et y vécut entre Thérèse Levasseur et. Mn,e d'Épinay à l'Ermitage. Les pasteurs étaient dans les meilleurs termes avec lui et se flattaient de l'espoir de ramener par lui «autant d'incrédules à l'Évangile que jadis Calvin en fit sortir de l'Église romaine';)) pour cela, ils faisaient bon marché du dogme, du respect pour la Bible, de l'admiration pour le Christ, c'est tout ce qu'ils demandaient pour proclamer la parfaite orthodoxie de Rousseau. C'était à qui correspondrait avec lui. Le professeur de théologie, Jacob Vernes, s'extasie sur son tableau de la religion naturelle et s'écrie : « 0