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deux siècles et demi , luttaient pour la revendication de leurs libertés civiles et religieuses; elle répara, aulant que cela fut en son pouvoir, les inintelligentes injustices des Bourbons; elle fit restituer aux héritiers des légilimes propriétaires les biens qui avaient été confisqués et dont l'État était encore le détenteur. Les descendants des réfugiés virent s'ouvrir pour eux les frontières de leur patrie à la seule condition de prêter le serment civique. Malheureusement pour la France, cette permission arrivait trop tard. Les enfants des réfugiés n'avaient pas, comme leurs pères, respiré l'air natal; le souvenir de la mèrepatrie ne faisait pas battre leur cœur; et d'ailleurs , n'en avaient-ils pas une qu'ils aimaient d'autant plus que l'étranger d'hier était le citoyen de demain? de plus, que seraient-ils venus faire en France ? La maison qui avait abrité leurs ancêtres était rasée ou passée en d'autres mains, et la charrue avait labouré et relabouré le lieu de sépulture de leurs morts. Ils ne vinrent pas en France; s'ils y étaient venus, plusieurs d'entre eux auraient été les victimes des Jacobins, comme leurs pères l'avaient été des Ligueurs.
La cause de la liberté religieuse était gagnée à Paris, qui représentait alors bien ou mal l'opinion de la France; mais elle n'était pas encore écrite dans la loi, elle ne le fut que le jour où la Constituante décréta «que la Constitution garantit à tout homme le droit d'exercer le culte religieux auquel il est attaché.» Ce jour-là seulement, le protestantisme se sentit Jibre. 11 était affranchi de la protection dictatoriale de l'Etat.
La France avait les yeux fixés sur l'assemblée qui s'occupait de ses destinées. A peine née à la vie politique, elle en avait les passions et les impatiences. Les querelles religieuses du passé paraissaient oubliées : catholiques et protestants vivaient en bon accord, même dans les contrées méridionales de la France, où les souvenirs des persécutions étaient loin d'être effacés; «tout s'opérait naturellement par le concours des volontés, dit l'historien des troubles du Gard, et l'on n'y connaissait d'autre bruit que celui des fêtes chaque fois que l'on recevait de Paris la nouvelle de quelque événement favorable. Dans plusieurs communes on vit les protestants assister aux Te
Deum des catholiques, et les catholiques, à leur tour, assistaient aussi aux chants d'actions de grâces des protestants. »
Cette bonne harmonie cessa le jour1 où l'Assemblée constituante décréta la vente des biens du clergé; -elle avait touché à l'arche sainte. Aussi les prêtres et les moines s'efforcèrent de persuader aux populations ignorantes qu'on voulait détruire la religion et persécuter les catholiques. Dans le Nord elles se montrèrent assez indifférentes; mais dans le Midi elles se ruèrent sur les protestants qu'elles accusèrent, sur les assertions calomnieuses du clergé, d'être la cause d'une mesure à laquelle ils étaient complètement étrangers. On les traita comme les païens traitaient les chrétiens lorsqu'un grand malheur fondait sur eux.
Cette aveugle disposition des masses fut habilement exploitée par des prêtres et des nobles qui, tout en n'ayant en apparence d'autre but que de tonPber sur les protestants, se proposaient de préparer une contre-révolution et de marcher sur Paris pour ressaisir leurs anciennes prérogatives.
Un nommé François Froment, plus tard secrétaire du cabinet particulier de Louis XVI11, était l'âme de ce complot; il l'a avoué lui-même, dans une brochure5, publiée au mois d'octobre 1815, dans laquelle il raconte tout avec une naïveté cynique, appuyant son récit de pièces officielles: «Je me rendis secrètement, dit-il, à Turin auprès des princes français pour solliciter leur approbation et leur appui. Dans un conseil, qui fut tenu à mon arrivée (janvier 1790), je leur démontrai que s'ils voulaient armer les partisans de l'autel et du trône et faire marcher de pair les intérêts de la religion avec ceux de la royauté, il serait aisé de sauver l'un et l'autre. Alors, comme à présent, j'élais convaincu de cette vérité qu'on ne peut étouffer une forte passion que par une plus forte encore, et que le zèle religieux pouvait seul étouffer le délire républicain.»
Le projet de cet aventurier fut facilement adopté par les émigrés, qui lui donnèrent de l'argent et le chargèrent