‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 229 sur 263 · LIVRE LIV · texte numérisé non relu

LIVRE LIV

d'organiser dans le Midi un parli dont il aurait eu le commandement; il revint en France, s'aboucha avec des nobles et des prêtres, et bientôt après parurent les pamphlets calomnieux qui réveillèrent les passions religieuses, un moment assoupies, et dans un seul jour, la France recula de (rente ans en arrière. C'était la Ligue qui relevait sa tête hideuse, et déjà elle avait, pour l'aider, des compagnies de volontaires recrutés, comme les Cadets de la Croix, dans les bas-fonds de la sociélé. Comme leurs devanciers, ils portaient une croix blanche en guise de cocarde et répandaient partout la terreur et l'effroi avec leurs cris mille Ibis répétés de Vive la croix! Vive le roi! A bas la nation! Montauban fut le premier frappé. Le 10 mai 1790, jour des Rogations, que le conseil municipal avait choisi pour visiter les couvents qui devaient être supprimés, le sang coula: six dragons, dont cinq étaient protestants et un catholique, furent assassinés, et pendant quelques jours, la terreur blanche régna dans la ville. Nîmes vit aussi un moment se renouveler les tristes et sanglantes scènes du passé : les 43 et 16 juin il eut sa bagarre*; les catholiques se ruèrent sur les protestants; ceux-ci, ne voulant pas se laisser massacrer sans défense, opposèrent une vive résistance.— Pendant la lutte, des négociations s'ouvrirent pour faire cesser l'effusion de sang; mais un coup de fusil , parti d'un couvent, les interrompit et le combat recommença; des catholiques gagnés au parti de la Révolution accoururent au secours des protestants; on ne se battait pas, on s'égorgeait. Après le combat, on trouva dans les rues cent trente-quatre cadavres, appartenant aux deux partis. On put cependant se convaincre que les temps, malgré le voile de deuil étendu sur la ville, étaient changés; car on vit des prêtres des villages environnants accourir, à la tête des gardes nationales de leurs communes, pour séparer les combattants et rétablir la paix et la concorde entre les deux sectes.1

Les catholiques accusèrent les protestants d'être les agresseurs; mais l'Assemblée constituante les lava publiquement de ce reproche. «Ils ont été, dit le représentant

1 . C'est sous ce nom que s'est perpétué dans Nîmes le souvenir de ces tristes journées.

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