‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 231 sur 263 · LIVRE LIV · texte numérisé non relu

LIVRE LIV

il s'applaudissait de son triomphe $ur les huguenots que le ver rongeur de l'incrédulité, attaché aux racines du chêne catholique, achevait son œuvre. Voltaire vengeait les protestants.

Tous les hommes, à part un petit nombre, qui furent membres de la Constituante, de l'Assemblée législative et de la Convention étaient incrédules, et plusieurs d'entre eux athées. Ils ne cachaient ni leur dédain ni leur haine pour le culte dans lequel ils avaient été élevés. Ce fut un beau jour pour eux que celui où ils dépouillèrent le clergé de ses opulents domaines, et courbèrent, malgré ses plaintes et ses colères, sa tête orgueilleuse sous le joug du pouvoir civil. L'Assemblée constituante s'érigea en concile, et on vit des incrédules et des athées forger, sous le titre de Constitution civile du clergé, une loi qui brisait brutalement toutes les traditions du catholicisme et faisait du prêtre un fonctionnaire qui reçoit, comme tous les autres employés, son salaire de l'État.

L'Assemblée constituante dépassa évidemment ses droits; mais elle ne fit que continuer, à sa manière, Louis XIV, et proclama , une fois de plus , cette dangereuse maxime, professée par Rousseau et par Montesquieu, «qu'à l'Etat seul appartient le droit de régler les choses de la religion.»

Ce décret, qui fut suivi immédiatement de celui de la vente des biens du clergé, excita dans une grande partie de la France de violentes colères. De tous les côtés on se prépara à une vigoureuse résistance; les évêques, du haut de leurs chaires et dans leurs mandements, crièrent à la profanation. L'Assemblée constituante, de son côté, en présence de celte levée de boucliers, ne faiblit pas. A la voix des évêques elle opposa la voix de ses orateurs. Entre tous, Mirabeau se fit remarquer par sa foudroyante énergie : ce grand homme, qui avait le noble instinct de la liberté, ne comprit pas que de toutes les libertés, la plus précieuse c'est la liberté religieuse, base de toutes les autres. Il défendit la constitution civile du clergé.

Les partisans du clergé, ayant à leur tête le cardinal Mauri et Cazalès, luttèrent vaillamment, mais vainement contre Mirabeau. Le 27 novembre, malgré leurs efforts, la Constituante rendit le fameux décret qui imposa aux prêtres le serment à la constitution civile du clergé.

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- Ce jour-là les hommés qui s'étaient réunis pour inaugurer en France le règne de la liberté préparèrent de mauvais jours à leur patrie; ils ruinèrent de leurs propres mains les fondements nouveaux sur lesquels ils voulaient l'asseoir: rien ne conduit plus vite à l'arbitraire et au despotisme que de mutiler la statue de la liberté au nom de la liberté.

Le fameux décret était rendu; il fallait le faire exécuter. Les résistances commencèrent. «J'ai soixante -dix ans, s'écria l'évèque de Poitiers; j'en ai passé trente-cinq dans i'épiscopat, où j'ai fait tout le bien que je pouvais faire. Accablé d'années, je ne veux pas déshonorer ma vieillesse; je ne prêterai pas serment.» Un grand nombre d'autres prélats l'imitèrent, et cet épiscopat français, qui s'était avili sous Louis XIV par son obéissance servile, et sous Louis XV par ses frivolités, se sanctifia au milieu de la tempête. Mais celte belle page de son histoire a son ombre; tous les évèques n'imitèrent pas leur vénérable collègue de Poitiers; tous les curés ne relevèrent pas courageusement la tête devant l'oppression; car à côté de ceux qui refusaient le serment se trouvaient ceux qui le prêtaient; et un jour celte Église catholique, qui, depuis le concile de Constance, était une comme corps ecclésiastique, eut son schisme qui la fractionna en deux.

Maltraité sous l'Assemblée constituante, le clergé le fut sous l'Assemblée législative et plus encore sous la Convention. Cette dernière assemblée, qui a laissé de ses travaux de si grands et de si sanglants souvenirs, était en grande majorité hostile au christianisme; elle comptait parmi ses membres des hommes qui, comme Hébert, Chaumette, Anacharsis Clootz, Momoro, avaient adopté les principes alhéistes d'Helvétius et du baron d'Holbach, et d'autres qui, comme Robespierre, avaient fait leur éducation religieuse à l'école de Rousseau. Aux yeux des uns et des autres, le christianisme était l'infâme, et l'écraser le plus saint des devoirs. Ils ne faillirent pas à leur tâche; ils l'auraient anéanti, s'il n'eût été immortel.

Hébert et Chaumette, secondés par Fabre d'Églantine et quelques autres qui dominaient en maîtres à la Com-

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