‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 24 sur 263 · LIVRE XLIV · texte numérisé non relu

LIVRE XLIV

citations religieuses dont l'histoire fasse mention; le clergé triomphait, mais sur des ruines. Il courbait les corps sans soumettre les cœurs et contraignait, par son intolérance implacable, les âmes nobles et hères à aller demander à la terre étrangère la liberté de servir Dieu selon leur conscience. Parmi ces nombreux exilés qui commencèrent à s'expatrier après la mort de Catinatet de Ravanel, figurent les prophètes cévenols; ils secouèrent, en quittant leurs montagnes, la poussière de leurs souliers contre leuringrate patrie, et franchirent la frontière. Leur arrivée à Genève et dans les autres villes de la Suisse, excita une immense curiosité; chacun voulait voir ces Elie du désert que l'imagination se représentait la tête ceinte d'une auréole de gloire, comme Moïse quand il descendit du Sinaï. L'enthousiasme cessa bientôt à la vue de ces paysans à la barbe inculte, au teint basané, qui étonnaient moins par leur tenue étrange que par les formes bizarres de leur culte, le caractère excentrique de leurs extases, et le mépris qu'ils affectaient pour tout ordre établi. La répulsion ht bientôt place à l'intérêt qu'ils avaient inspiré; aussi au lieu des couronnes qu'ils croyaient avoir méritées, ils furent abreuvés d'humiliations et traités de visionnaires; il y eut même des pasteurs qui, sans pitié pour leurs grandes infortunes, les accusèrent d'être inspirés du démon. Ils furent obligés de quitter la Suisse, les uns se retirèrent dans le Brandebourg et le Wurtemberg, le plus grand nombre à Londres où ils reçurent un accueil fraternel des Églises françaises de cette ville; mais bientôt après ils durent songer à se défendre d'abord contre le formalisme des anglicans et les railleries des déistes, et plus tard contre les pasteurs français réfugiés, qui repoussèrent toute solidarité avec eux à cause de ces mêmes étrangetés qui les avaient fait chasser de Suisse. Leurs longues infortunes et les services éclatants qu'ils avaient rendus au protestantisme furent oubliés, et dans les premiers jours de 1707, on lut dans toutes les églises françaises de Londres un libelle dans lequel ils furent attaqués avec une grande virulence, «sans respect, dit le Théâtre sacré des Cévennes, ni pour le public, ni pour la vérité, ni pour la charité.»1

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