Théâtre sacré des Cévennes, Avertissement, p. 18. vu
Les prophètes, accoutumés pendant si longtemps à être regardés comme les envoyés de Dieu, ressentirent vivement l'affront qui leur était fait, et répondirent aux attaques de leurs accusateurs dans un opuscule qui ne brillait pas par la charité, mais dans lequel ils donnaient les preuves des miracles qu'ils avaient opérés; à des attaques ils opposaient des faits1; la querelle s'envenima, et leurs adversaires, au lieu de contester leurs assertions, se servirent de Farme terrible du ridicule. Malheureusement pour leur cause, les prophètes prêtaient un large flanc à la critique par leur excentricité et leur mépris de tout ordre ecclésiastique; de plus, la plupart d'entre eux se croyaient encore inspirés, quoique l'esprit prophétique se fût retiré d'eux. L'orgueil spirituel s'était emparé de ces hommes qui ne savaient pas oublier à Londres la puissance irrésistible dont ils avaient été revêtus, quand de leur voix puissante ils donnaient des ordres sacrés pour les camisards; il leur en coûtait de descendre de ce piédestal haut et élevé sur lequel les Cévenols les avaient placés, et trouvaient injuste que des pasteurs qui n'avaient senti sur leurs têtes que les mains des hommes, osassent citer à leur barre ceux sur la tête desquels Dieu lui-même avait posé les siennes. Us leur résistèrent et le résultat de la lutte fut l'étrange, mais si intéressant ouvrage de Maximilien Misson, le Théâtre sacré des Cévennes, enquête judiciaire et légale sur les événements prophétiques accomplis dans le Haut et le Bas-Languedoc. L'ouvrage porte en lui un grand cachet de vérité, et malgré la large part qu'il faut faire aux temps orageux au milieu desquels se passèrent les événements, il est bien difficile à un esprit impartial de rattacher tant de faits extraordinaires, soit à l'hallucination, soit au sommeil exlatique, et nous dirons une seconde fois que, si nous n'avons pas la faiblesse de tout croire, nous n'avons pas non plus la manie de vouloir fout expliquer.
L'écrit de Misson, en fortifiant les prophètes dans leurs
1. Cet écrit, publié en 1707, portait ce titre : Avertissements prophétiques cTÉlie Marion, l'un des chefs des protestants qui avaient pris les armes dans les Cévennes, ou Discours prononcés par sa bouche sous l'opération du Saint-Esprit et fidèlement recueillis dans le temps qu'il parlait.