‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 242 sur 263 · Borrel, Hist. de l'église réformée de Nîmes, p · texte numérisé non relu

Borrel, Hist. de l'église réformée de Nîmes, p

et le respect; il admire pleinement, sans craindre de tomber dans le panégyrique, et quelque douloureux qu'aient été les derniers jours de ce grand serviteur de Dieu, il ne voudrait pas qu'il y eût dans sa vie une souffrance de moins; il sent qu'à cette statue sortie de son bloc de marbre, il manquerait quelque chose, si l'artiste lui avait épargné un seul coup de ciseau. Noble pasteur du désert, mes larmes coulent en traçant cette dernière page que je te consacre. Va! va! je ne te plains pas, toi qui as tant travaillé et qui ne t'es jamais lassé ! toi qui as tant souffert , et qui n'as jamais murmuré ! tu as été plus heureux que nous; car le bonheur ici-bas n'est pas là où le monde le cherche , mais dans le sacrifice complet de nous-mêmes , quand il a pour but la gloire de Celui qui mourut pour nos péchés et ressuscita pour notre justification. Vis maintenant dans nos souvenirs et sois, pour la génération des pasteurs qui desservent les églises que tu as sauvées des lois de sang des Bourbons, un modèle... dont l'imitation les empêche de sombrer sur les écueils du scepticisme moderne, ce ver rongeur de tout ordre religieux, social et politique, et qui t'effraya plus, quand tu le vis au jour de son brutal et insolent triomphe , que les dragons de Bâville et de Marillac !

Au moment où Paul Rabaut quittait cette terre pour un monde meilleur, le protestantisme, chétif, défaillant, paraissait toucher à sa fin; il n'avait plus de ces nobles pasteurs du désert qui allaient çà et là, au péril de leur vie^ réunir les tronçons épars du corps brisé par la brutalité des conventionnels. Son culte se célébrait dans quelques localités; mais il se réfugiait sous le toit domestique et au fond des consciences. La tempête sociale qui passait sur la France, les dangers de la patrie paralysaient les cœurs, et les protestants, comme les autres citoyens, songeaient à leurs biens et à leur vie plutôt qu'à leur âme; et lorsque, après la chute de Robespierre, un décret du 3 ventôse an III (21 février 1795) autorisa le libre exercice des cultes, ils n'eurent pas cet entrain qui leur avait fait accueillir avec tant d'enthousiasme l'édit de 1787. Le vent

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