‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 246 sur 263 · LIVRE LIV · texte numérisé non relu

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arrêté qu'il y manquait doux articles, l'un sur le serment des ministres protestants, l'autre sur leur mode do nomination, et le projet s'arrêta là.»

Le concordat accordait donc aux réformés la liberté de leur culte, mais laissait à leur charge le salaire de leurs pasteurs. Le premier consul, qui tenait sous sa dépendance le clergé catholique, voulut aussi que le clergé protestant subît son joug, et il octroya la célèbre loi du 18 germinal anX(7 avril 1802).

Sans tenir compte du génie de la Réforme, Bonaparte biffa d'un trait de plume tout le passé de son histoire, rasa, jusque dans ses fondements, l'édifice ecclésiastique élevé par Calvin et refit tout à neuf. Il méconnut l'élément essentiellement démocratique du protestantisme français en transformant chaque consistoire en assemblée constituante, et, chose étrange! il chargea non les pères de famille d'en élire les membres, mais le percepteur des quatre contributions de les désigner. Les vingt-cinq plus imposés, croyants ou incrédules, pourvu qu'ils jouissent de leurs droits civils et politiques, furent chargés de nommer les anciens au nombre de douze au plus et de six au moins, et de les choisir parmi les plus notables. Naturellement ils se choisirent eux-mêmes. Les élus composaient avec les pasteurs de chaque paroisse le Consistoire qui devait se renouveler tous les deux ans par moitié; mais la loi qui avait exclu les moins imposés des assemblées constituantes les excluait de fait des élections biennales, puisque les membres non sortants du Consistoire nommaient euxmêmes les électeurs chargés de concourir avec eux à la réélection des membres sortants. Or, comme la loi voulait que ces électeurs adjoints fussent pris parmi les plus notables, les membres non sortants s'adjoignaient naturellement les riches et s'arrogeaient ainsi le gouvernement de l'Église au détriment de ses autres membres.

Dans la nouvelle organisation, la paroisse est sacrifiée. Elle disparaît aux yeux de l'État, qui ne connaît que le Consistoire chargé de nommer les pasteurs et de correspondre avec lui.

La loi ne mentionne pas le synode général, et de fait, elle le supprime. Elle laisse, sous le nom de synodes d'arrondissement, subsister les synodes provinciaux; mais cet ancien rouage ne jouera que sous le bon plaisir du chef de l'Etat. Quant aux décisions qu'ils pourront rendre, elles ne seront exécutoires qu'après avoir été soumises à l'approbation civile. — Telle est, en abrégé, cette célèbre loi qui marque une date importante dans les annales du protestantisme français. Fut-elle un bienfait? fut-elle un mal?

Cette question est de facile solution pour les partisans, quand même, de la séparation de l'Église et de l'État; car, pour eux, la poser, c'est la résoudre. Pour les partisans de l'opinion contraire, le concordat fut un bienfait immense pour le protestantisme, puisque le salaire que l'État payait à ses ministres lui donnait droit de cité dans le royaume et le faisait, devant la loi, l'égal du catholicisme romain, ce qu'il n'eût pas été sans ce salaire; «et ce serait, disentils, quand, après deux siècles de lutte, les réformés reconquéraient la liberté de leur culte qu'ils auraient refusé ce salaire qui consacrait hautement leur droit; loin de le faire, ils l'acceptèrent avec reconnaissance et ne se sentirent ni amoindris ni moins libres; sous le régime réparateur de la loi de germinal, ils relevèrent leurs temples, rouvrirent leurs écoles fermées depuis un siècle , et de l'état de paria , ils s'élevèrent à la dignité de citoyen. Supposons, ajoutentils, que le concordat leur eût accordé seulement la liberté, n'est-il pas de toute évidence que les catholiques leur auraient contesté leur droit de citoyen, puisqu'on n'est réellement citoyen qu'à la condition de jouir des mômes droits que tous les autres. Cette infériorité ne leur aurait- elle pas attiré insensiblement le mépris des catholiques, sans faire tomber leur haine accrue par la liberté dont ils auraient joui et qu'ils lui auraient peut-être ravie, tandis que le salaire était le mur d'airain contre lequel ils allaient se briser?» Ces raisons nous paraissent fortes, car dans l'état où se trouvaient les réformés, ils ne pouvaient hésiter; aussi pas une seule voix opposante ne s'éleva pour dire à Buonaparte: «Nous acceptons votre liberté, nous

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