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le mériterons par notre fidélité, noire gratitude et notre soumission aux lois dont nous avons constamment donné l'exemple. Puissent nos prières ferventes attirer sur Sa Majesté, sur l'Impératrice et sur les Princes de la famille impériale toutes les bénédictions du Monarque du monde! Puisse Sa Majesté, après avoir tant fait pour sa gloire, y ajouter te titre de pacificateur de l'Europe entière, et n'avoir plus qu'à déployer ces vertus qui, en faisant la félicité des peuples, font la véritable gloire des souverains et font chérir leur puissance!»
L'empereur répondit à M. Martin :
«Je vois avec plaisir rassemblés ici les pasteurs des Églises réformées de France; je saisis avec empressement cette occasion de leur témoigner combien j'ai toujours été satisfait de tout ce qu'on m'a rapporté de la fidélité et de la bonne conduite des pasteurs et des citoyens des différentes communions protestantes. Je veux bien que l'on sache que mon intention et ma ferme volonté sont de maintenir la liberté des cultes; l'empire de la loi finit où commence l'empire indéfini de la conscience; la loi ni le prince ne peuvent rien contre cette liberté. Tels sont mes principes et ceux de la nation; et si quelqu'un de ceux de ma race, devant me succéder, oubliait le serment que j'ai prêté, et que, trompé par l'inspiration d'une fausse conscience, il vînt à la violer, je le voue à l'animadversion publique , et je vous autorise à lui donner le nom de Néron.»
Les paroles de l'empereur sont belles; mais le même prince qui autorisait les protestants à donner le nom de Néron à celui de ses descendants qui attenterait à la liberté de leur culte n'était rien moins que libéral en matière religieuse: car la liberté qu'il leur donnait, comme l'a si bien dit M. de Félice, n'était qu'une liberté internée dans les temples. Aussi malheur à celui de leurs pasteurs qui aurait voulu se servir de sa parole ou de sa plume pour faire de la propagande; à l'instant même il aurait rencontré la main inflexible du maître qui l'aurait refoulé dans son temple en lui disant: «Là tu es libre, ailleurs tu ne l'es pas.» Napoléon eut rarement l'occasion de faire du
despotisme à l'égard des protestants; brisés par les luttes du passé, avides de repos, moins attachés aux fortes croyances de leurs pères, ils n'aspiraient qu'à une vie obscure, et, d'ailleurs, nul eût été l'empire qu'ils auraient pu avoir sur les âmes au moment où Napoléon remplissait le monde du bruit de ses conquêtes et de ses victoires, et le forçait à ne s'occuper que de lui. Aussi les lignes suivantes de Samuel Vincent résument l'histoire du protestantisme sous son règne: «Les prédicateurs prêchaient, le peuple les écoutait; les consistoires s'assemblaient; le culte conservait ses formes. Hors de là, personne ne s'en occupait, et la religion était en dehors de la vie de tous. Cela dura longtemps.»1
Le calme le plus profond régna au sein du protestantisme, qui acceptait avec reconnaissance ce que lui octroyait la munificence du maître. Il vit avec joie le transport du séminaire de Lausanne à Genève; ne suffisant pas aux besoins des Églises, une faculté de théologie protestante fut fondée à Montauban (1808-1810). «C'est ainsi, dit M. de Félice, que la chaîne des souvenirs fut renouée pour l'une des plus anciennes et des plus célèbres métropoles de la Réforme française. Montauban, ajoute réminent professeur, avait perdu son académie théologique en 1661 par les intrigues des jésuites; Napoléon la lui rendit. Les hommes passent, les persécutions finissent; mais les institutions nécessaires à l'intelligence et à la conscience humaine ne tombent que pour se relever.»2
Les protestants n'étaient pas seuls sous le joug: la main de fer qui les y ployait pesait durement sur les catholiques ; leurs évêques n'osèrent pas demander à Napoléon ce que leurs prédécesseurs avaient demandé si souvent et avec tant de succès à Louis XIV. Ils gardaient le silence et subissaient ce qu'ils ne pouvaient empêcher. Des projets de réunion entre les deux cultes eurent lieu. Cependant, et comme toujours , ils échouèrent et sans bruit. Le gouvernement n'y