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noire travail a celui-là, car nous nous sommes tellement pénétré des événements que nous avons racontés, que nous sommes devenu comme leur contemporain, nous avons admiré les uns, flétri les autres, aimant Platon, mais jamais sciemment, immolant Platon sur l'autel de la vérité; aussi notre conscience nous rend ce bon témoignage que nous n'avons jamais jeté un manteau sur les épaules du protestantisme dans ses jours d'ivresse, et que nous avons été toujours heureux quand nous avons pu rendre justice à nos adversaires. Si l'occasion ne s'est pas souvent présentée, ce n'est pas à notre bonne volonté qu'il faut l'imputer, mais à notre devoir d'historien.
Notre tâche touche à sa fin et instinctivement nous portons nos regards sur ces deux adversaires qui, après trois siècles de luttes, sont debout en présence l'un de l'autre, et destinés par le génie de leur nature à ne jamais signer la paix, qui est la fin naturelle des guerres. Que leur réserve l'avenir? Telle est la question difficile et délicate que nous posons, en essayant, sans prétendre au rôle de prophète, de dire, de ce qui est aujourd'hui, ce qui pourrait être demain.
Le catholicisme tel que les siècles l'ont fait ne peut être que ce qu'il est : tout changement qui modifierait sa nature lui est interdit, car le jour où il proclama son infaillibilité il s'emprisonna dans un cercle de fer d'où il ne peut sortir sans cesser d'être lui; il faut donc qu'il soit ce qu'il est ou qu'il ne soit pas. Or, tel qu'il est il n'est plus qu'une grande organisation ecclésiastique qui fonctionne comme la vieille machine de Marly; là où il faudrait la locomotive moderne il n'y a plus que le char pesant du moyen âge ; — et quand il devrait , pour accomplir sa mission, remorquer son siècle qu'il maudit, c'est son siècle qui le raille, qui le remorque. S'il est encore debout, ce n'est pas à cause des racines qu'il a dans la conscience de ses fidèles, mais dans son propre poids. Stat mole sua : tel qu'il est, il ne manque ni de grandeur, ni de majesté; et pendant que les révolutions se succèdent presque périodiquement , que des trônes croulent, que des dynasties s'é-
teignent ou végètent dans l'exil, que des contrées perdent leurs nationalités, il est lui, toujours lui, comme le rocher avec sa tête de granit au milieu des vagues aussi furieuses qu'impuissantes; il n'est donc pas étonnant qu'il croie luimême à son éternité; s'il avait dû sombrer en France, 93 n'aurait-il pas été son tombeau ? Ce que deux grandes révolutions n'ont pu faire au seizième et au dix-huitième siècle, d'autres le feront-elles? Il se rassure donc pendant qu'à son insu il travaille de ses propres mains à sa ruine, creusant et élargissant l'abîme d'incrédulité vers lequel la France s'avance comme l'oiseau fasciné vers la gueule du serpent. Le flot impur qui descend des classes élevées vers les classes inférieures , étouffera dans un avenir prochain le peu de vie qui se cache sous la superstition, et Rome ne régnera que sur des ruines; mais ce qui devrait la détruire, la consolidera momentanément, car l'incrédulité , sous quelque nom qu'elle se présente, est impuissante pour fonder un culte; elle subira donc le joug de l'Eglise dont elle a rejeté les croyances, et d'autant plus facilement que cette Église se verra dépouillée de ce qui, au moyen âge, fit sa force et son prestige. On ira à la messe sans croire à la messe, et le prêtre ne sera plus qu'un officier religieux salarié par l'État, chargé de baptiser, de marier, d'enterrer. Rome catholique aura, comme Rome païenne, son bas-empire. Nous paraissons sévère et nous ne sommes que juste. En effet, Rome, sans se détruire de ses propres mains, ne peut ouvrir à ses fidèles les vraies sources de la vie religieuse, qui ne se trouvent que dans les saintes Écritures; son passé comme son instinct de conservation le lui interdisent, car le jour où elle mettrait dans leurs mains le code sacré, elle leur confierait l'arme avec laquelle les réformateurs l'ont frappée au seizième siècle; elle est donc condamnée à demeurer ce qu'elle est; mais ce qui, pour le moment , fait toute sa force, sera dans l'avenir son châtiment. Elle tombera, non pas lentement, mais tout à coup, car il suffira du déplacement d'une seule pièce pour entraîner la ruine de l'édilice tout entier; et cela, parce qu'elle s'est mise dans l'impossibilité absolue de réformer un seul de ces dogmes tridentins qu'elle ordonne à ses fidèles de croire sous peine d'anathème. N'est-il pas de toute évidence que le