‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 34 sur 263 · Ernest Moret, t. III · texte numérisé non relu

Ernest Moret, t. III

A tous ces maux s'en ajoutèrent d'autres; le clergé demanda l'application rigoureuse de toutes les lois iniques , atroces, ridicules, qui avaient précédé et suivi la révocation de l'édit de Nantes, et ne laissa ni trêve ni repos aux protestants; aux parents il ravit leurs enfants, les fit rebaptiser à l'église catholique et instruire dans une religion qu'ils abhorraient; il leur ferma les frontières de la France dans le même temps qu'il leur en rendait le séjour insupportable. La justice instituée pour protéger le faible contre le fort n'exista pas pour eux ; quand leur partie adverse avait dit devant un tribunal : «Je plaide contre un protestant,» sa cause était gagnée.1

Le clergé ne s'arrêta pas même devant le sacrilège ; il posa de force ses hosties consacrées sur les lèvres des huguenots ; les uns les reçurent avec le tremblement de l'apostat qui se damne, les autres les rejetèrent avec horreur dans la crainte de se damner2 ; mais peu importait; ce que le jésuitisme voulait avant tout, c'était la soumission; à ses yeux elle couvrait le sacrilège. Jamais le clergé ne déploya plus de perfidie, de brutalité et de cynisme et ne célébra plus bruyamment ses victoires par le chant de ses Te Deum.

Atteints dans leurs affections les plus intimes, dans leur foi , dans leurs biens , les protestants regrettèrent de n'avoir pas suivi l'exemple de ceux qui s'étaient enfuis du royaume. L'émigration recommença; la cour s'alarma, et le 18 septembre 1713 parut un édit qui renouvela les précédents et les compléta en défendant aux nouveaux convertis de sortir du royaume sans permission; il prononçait les galères perpétuelles contre les fugitifs et la peine de mort contre ceux qui faciliteraient leur évasion.

L'émigration ne fut pas considérable à cause de ses difficultés, et l'on vit alors de pauvres opprimés n'opposer à leurs infatigables persécuteurs que leur inertie; ils se laissèrent conduire à l'église et purent leur faire croire , un moment, qu'ils avaient triomphé de leur résistance ; mais

1. Claude, Plaintes des protestants, édition de 1713, p. xxxv.

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