‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 36 sur 263 · LIVRE XLV · texte numérisé non relu

LIVRE XLV

qu'à ceux de la religion et de l'humanité, ils se courbèrent lâchement devant la volonté de Louis XIV, qui leur eût cédé plus facilement l'une de ses provinces conquises que la rétractation d'un seul de ses édits contre ses sujets dissidents. Le huguenot, dans sa sainte indignation, fit réimprimer le célèbre ouvrage de Claude : les Plaintes des protestants cruellement opprimés dans le royaume de France, et le compléla par une préface dans laquelle, dans un style brûlant, il dénonça, au monde et à la postérité, les cruelles persécutions dont ses frères étaient l'objet depuis la mort de son illustre collègue. 1

En présence de ces froides et lâches cruautés dénoncées à la postérité par Basnage, l'esprit se trouble, le cœur s'indigne, la conscience se révolte et le scepticisme pénètre l'Ame de son venin. On sympathise avec ceux qui souffrent sans bien comprendre, peut-être, ceux qui font souffrir; ils sont cependant pleinement, les uns et les autres, dans l'esprit de leurs tragiques rôles. Les réformés sont victimes, parce que leur foi leur est plus précieuse que leur vie; les prêtres sont bourreaux, parce qu'ils croient être agréables à Dieu en délivrant l'Église de ses plus dangereux ennemis; la haine vivace qu'ils leur portent ne leur est pas particulière, c'est un héritage que leur a légué le passé et "qu'ils légueront fatalement à l'avenir; en détruisant des hommes, ils ne croient anéantir que de faux principes ; tous moyens leur sont bons, pourvu qu'ils arrivent au but. Bourreaux impitoyables, quand ils se croient libérateurs, que leur importe de verser un sang hérétique, si ce sang remet à flot la nacelle de l'Église, et c'est parce qu'ils font tout cela sans remords qu'ils recommencent le lendemain l'horrible travail de la veille. Plaignons-les de leur funeste aveuglement tout en nous étonnant que le crucifix qu'ils présentent aux martyrs ne leur rappelle pas Celui qui , du haut de sa croix , ne trouva , sur ses lèvres mourantes, que des paroles d'amour et de pardon pour ses insulteurs. Quiconque résiste à Rome, est son ennemi, et cet ennemi n'a à attendre d'elle ni compassion, ni quartier; si elle le tolère, c'est parce qu'une force plus grande que sa volonté retient son bras; mais que ce bras redevienne libre,

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