‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 38 sur 263 · LIVRE XLV · texte numérisé non relu

LIVRE XLV

Royal des Champs en était sorti et concluait à sa suppression.1

De cette injuste et inique demande , un grand procès surgit, et malgré l'appui de Noailles, archevêque de Paris, et le talent de l'avocat Lenoir de Saint-Claude, les religieuses de Port-Royal furent condamnées; elles en appelèrent à Rome; mais le pape répondit par une bulle, dans laquelle il prononça la suppression de leur maison, adjugea tous leurs biens à celle de Paris, et ordonna la dispersion des religieuses, quand l'archevêque de Paris le trouverait à propos, «afin, disait le fougueux pontife, que ce nid d'erreurs soit arraché jusqu'aux fondements.»

Noailles qui, sans être janséniste, était entraîné parson cœur vers les persécutées, profita de la latitude que lui donnait la bulle et ne se hâta pas de la mettre à exécution. A ses yeux, elle était aussi cruelle qu'inutile, il préférait laisser faire la mort qui, plus équitable que le pontife romain, se chargeait, chaque jour, de vider le pieux asile; mais le prélat avait en face de lui Letellier, qui voulait la ruine de Port-Royal, et la voulait prompte. Cet homme austère et farouche dominait Louis XIV et haïssait mortellement Mgr. de Noailles, à cause de la haute considération dont il était entouré; il ne lui pardonnait pas de ne pas aimer son ordre et d'avoir dit un jour : «Je veux bien être l'ami des jésuites; mais je ne serai jamais leur valet2. » Il se rappelait aussi avec amertume que la Sorbonne, sous le pontificat du prélat, avait condamné un livre clans lequel il avait défendu les missionnaires jésuites delà Chine, accusés de laisser aux Chinois le culte de leurs ancêtres pour favoriser leur conversion. L'heure était donc venue pour lui de se venger du prélat; il s'adressa au roi et le pressa d'ordonner à Mgr. de Noailles d'exécuter la bulle du pape.

Le roi était ignorant en matière religieuse, et volontaire; l'archevêque de Paris, qui était faible, céda et publia le décret qui condamnait Pont-Royal des Champs et le réunissait à Port-Royal de Paris3. Le lieutenant de police d'Argenson fut chargé de l'exécution ; elle eut lieu le 28 octobre

1. Clémencet, Histoire de Port-Royal, t. IX, p. 148. — Histoire abrégée de Port-Royal, p. 27.

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