LIVRE XLV
et écrivit son testament dans lequel il laissa à son neveu la régence, qu'il ne pouvait lui ôter, mais limita tellement ses pouvoirs, par le conseil qu'il lui donnait, qu'il n'héritait que d'un vain titre. 1
Mme de Maintenon avait atteint son but; dans la joie de son triomphe, elle s'efforça de faire renaître la joie qui était bannie de Versailles, et s'ingénia à amuser son vieil époux, en faisant jouer des opéras et en donnant des fêtes et des bals. C'était presque comme autrefois; il y avait cependant une ombre au tableau, c'était la vue de ces deux vieillards qui, sur les bords de la tombe, se baissaient péniblement pour ramasser quelques fleurs fanées.
La santé du roi commençait à décliner, moins encore par le poids des années que par le traitement inintelligent de son médecin Fagon. Ses courtisans s'en aperçurent vite, et tournèrent instinctivement leurs regards vers celui qui, après sa mort, devait prendre les rênes de l'État. Le duc d'Orléans, en voyant paraître dans son salon des figures qu'il n'y avait pas vues depuis longtemps , comprit , et se prépara aux grandes éventualités de l'avenir.
Une tristesse profonde s'était emparée du vieux monarque, et quel que fût l'empire qu'il savait prendre sur lui-même , il ne put la cachera son entourage, toujours empressé à son lever et à son coucher, comme aux plus beaux jours de sa puissance. Il sentait que le moment fatal approchait pour lui, et que de tous les trésors accumulés dans sa demeure royale, il n'emporterait qu'un suaire et qu'un cercueil. Dans ses heures d'insomnie, la flèche de l'église de Saint-Denis, qui avait décidé les splendides folies de Versailles, dut se dresser devant lui et lui crier le vanitasvanitatum du brillant Salomon. La mort plus forte que sa volonté, devant laquelle il avait fait tout ployer, le ployait à son tour comme un faible roseau, et le courbait devant Celui qui demande aux rois un compte sévère, mais juste, de leur administration.