Isambert, Anciennes lois françaises, t. XX, p
11 était souffrant depuis à peine quelques semaines , et déjà toute l'Europe le savait. En Angleterre on ouvrait des paris sur sa mort. «11 ne passera pas, disait-on, le mois de septembre » ; et les gazettes , avides de tout ce qui peut piquer la curiosité publique, enregistraient tous les bruits qui leur venaient de Versailles. Un jour, M. de Torcy, qui lisait au roi une feuille publique qui annonçait le prochain décès du monarque, s'arrêta tout à coup: (.(Continuez», lui dit son maître, le courtisan hésita; mais devant la volonté de Louis, il obéit. Le roi affecta de l'écouter avec indifférence, mais il ne put s'empêcher déparier, au petit couvert, de ce qu'il avait entendu lire; il s'efforça de manger, «mais les morceaux, raconte Dan- * geau, lui restaient dans la bouche».1
Le mal faisait des progrès rapides, une des jambes de l'illustre malade enfla, la fièvre survint, avec la fièvre la perte du sommeil; ses nuits devinrent de plus en plus mauvaises , les médecins lui prodiguèrent leurs soins ; mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir avec effroi que la gangrène avait gagné l'une de ses jambes.
Le roi, qui se rattachait d'autant plus à la vie qu'il sentait plus qu'elle se retirait de lui, dit à ses médecins : « Vous avez des rasoirs, coupez la jambe2.» Après une longue délibération, ils se décidèrent à faire préalablement des incisions. 11 supporta cette cruelle opération sans pousser une plainte, son pouls ne marqua aucune altération. 3
«Votre état est grave,» lui dirent les médecins en le quittant.
Le roi comprit, et parut entendre la fatale nouvelle comme s'il se fût agi d'un autre ; il demanda son confesseur qui arriva au moment où les musiciens allaient déployer leurs cahiers pour jouer la sérénade; d'un geste ils furent congédiés, et quelques moments après, à la nuit tombante, Louis reçut l'extrême onction4, et communia.
Quand tout le monde fut retiré, il recueillit tout ce qui lui restait de forces pour écrire un second codicille, et