LIVRE XLV
manda le duc d'Orléans, auquel il témoigna beaucoup d'estime, de confiance et d'amitié, et l'assura (il venait de recevoir, selon sa croyance, le corps et le sang du Christ!) qu'il ne trouverait rien, dans son testament, de préjudiciable à ses droits de premier prince du sang*. A l'heure où les pécheurs les plus endurcis reculent devant le mensonge, Louis mentait; mais près de lui il avait un courtisan dépositaire de sa confiance, le chancelier Voisin qui vendit le secret du monarque au duc d'Orléans avant qu'il eût quitté son oncle.
Sur le point de comparaître devant Dieu , le mourant sentait cependant sa conscience chargée; l'affaire des jansénistes le troublait, et il se demandait s'il avait bien fait de les abandonner à la haine de leurs ennemis. Pour la première fois, le doute se glissait dans son cœur. «J'ai fait, dit-il à Letellier, aux cardinaux de Rohan et de Bissy, les trois chefs du parti ultramontain, tout ce que j'ai pu pour mettre la paix entre vous, je n'ai pu y réussir, je prie Dieu qu'il vous la donne. Je meurs , ajouta-t-il, dans la foi et la soumission à l'Eglise, je ne suis pas instruit des matières qui la troublent, je n'ai suivi que vos conseils, j'ai fait uniquement ce que vous avez voulu; mais si j'ai mal fait, si vous m'avez trompé, vous êtes bien coupables, car je ne cherchais que le bien. »
A l'ouïe de cette voix accusatrice, les trois ultramonlains ne se troublèrent pas, et courtisans jusqu'à la fin, ils firent l'éloge de la piété du malade, et prirent, sans hésiter, la lourde et sanglante responsabilité de leurs actes, comme le mourant prit celle de la révocation de J'édit de Nantes. Le souvenir de tant de sang versé ne vint pas le troubler; jusqu'au dernier moment, il crut avoir travaillé pour Dieu, pour l'Église, pour la France. Il n'en fut pas de même des guerres qu'il avait faites et des impôts dont il avait écrasé son peuple : «Ne m'imitez pas, disait-il à son arrière-petit-fils, efforcez-vous de vivre en paix avec vos voisins, soulagez vos peuples.» L'enfant ne le comprit pas et ne le comprit jamais.
Ce prince, qui n'avait jamais baissé la tête, la courbait devant la mort, comme le plus humble de ses sujets. Dans