LIVRE XLV
Treize ans avant la mort de Louis XIV, un prince, dont le nom est inséparable de son siècle , expirait au moment où il allait, à la tête de huit peuples, de mœurs et de religions différentes, enfermer la France dans un cercle de fer et de feu. La mort ravit à Guillaume III la joie d'hu- i milier Louis le Grand; mais il avait si bien manié les esprits et tout si bien préparé que ses alliés lui firent de splendides et sanglantes funérailles. «Du fond de sa tombe, il les commandait encore.»
Le roi d'Angleterre ne fut pas surpris par la mort; son médecin lui avait déclaré qu'il n'avait pas une année à vivre. Cette certitude , qui aurait ôté toute énergie à un prince ordinaire, décupla la sienne. Il ensevelit ce fatal secret dans son cœur, afin de ne pas jeter le découragement dans les rangs de ses alliés , et ne le confia qu'à lord Bentinck, son ami.1
Il ne vécut pas même les jours que la science médicale lui avait promis. Une chute de cheval , en chassant à Hampden- Court, accéléra sa fin; quelques jours après (19 mars 1702), il expirait.
Sa mort fit éclater, en Europe, des impressions diverses. En Espagne, le peuple fit des feux de joie; en Angleterre, les Whigs seuls le regrettèrent; en Hollande, les citoyens versèrent des larmes et prirent le deuil; à Versailles, la cour respira et crut que la mort de Guillaume briserait la puissante coalition que son génie politique avait formée contre la France; elle ne fit que la resserrer et accroître les haines. La reine Anne, quarante -cinq jours après la mort de son beau-frère, déclara la guerre à la France et à l'Espagne, et onze jours après, la Hollande et l'empereur publièrent une déclaration semblable.
Louis XIV et Guillaume III sont les deux plus grandes figures royales de leur époque; tous deux, ils eurent une ambition sans mesure, et lui firent trop souvent d'odieux sacrifices. Guillaume n'avait ni la majesté, ni le prestige