‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 50 sur 263 · Lingard, Hîst. d'Angleterre', t. XV, p · texte numérisé non relu

Lingard, Hîst. d'Angleterre', t. XV, p

vu. 3

de son rival, mais il le surpassait par la pénétration de son esprit, l'étendue de ses connaissances et la finesse de sa politique. Tous deux, ils savaient deviner les hommes et les employer; mais le regard de Guillaume était plus profond que celui de Louis XIV; élevé à la rude école du malheur, il n'avait pas eu de jeunesse, et les années que son rival avait consumées dans les plaisirs, il les avait passées dans l'étude des hommes et des graves événements qui s'accomplissaient sous ses yeux. Tous les deux, ils aimaient le pouvoir; mais Guillaume en aimait avec autant de passion la réalité, que Louis XIV l'éclat. Ils savaient tenir leur entourage à distance; le monarque français par orgueil, le monarque anglais par calcul; Louis n'aima jamais que lui-même, Guillaume aima lord Bentinck et en fut aimé. Quand tout le monde abandonnait Louis mourant, son rival expirait, sa main dans la main de son ami, posée sur son cœur. $ Louis fut le corrupteur de son peuple par les désordres éclatants de sa vie , et par le défi hardi qu'il porta à la morale publique, en faisant légitimer ses enfants doublement adultérins; Guillaume donna à son peuple le plus beau des exemples, celui d'un époux fidèle, aimant et dévoué. Instinctivement il comprenait que la pureté, sous le toit domestique, est le plus bel ornement du trône et la pierre angulaire des États. Tous deux, ils travaillèrent pour leur patrie, mais avec des résultats bien différents. Louis prépara l'abaissement de la sienne en voulant l'asseoir sur le despotisme, Guillaume posa la grandeur de la sienne sur le large fondement des libertés publiques. A leur mort, il y eut des joies: celles qui éclatèrent autour du cercueil du roi d'Angleterre furent un hommage rendu à on génie par ses ennemis; celles qui éclatèrent autour des restes du roi de France ne furent que l'expression de la lassitude de son peuple. Les Hollandais pleurèrent leur statî:ouder, personne ne pleura Louis; ses ennemis mêmes ne se réjouirent pas, il n'était plus, à leurs yeux, que le vieux lion malade; en mourant, il descendit tout entier dans sa tombe, tandis que son rival, du fond de la sienne, se survécut à lui-même, tant il avait su pénétrer de sa haine contre la France huit peuples que son génie politique avait unis et armés contre elle.

Page 1