‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 53 sur 263 · LIVRE XLVI · texte numérisé non relu

LIVRE XLVI

Philippe d'Orléans , appelé à gouverner le royaume pendant la minorité de Louis XV, était né à Saint-Cloud le 2 avril 1674; il était le fils de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIV et de la princesse palatine Élisabeth-Charlotle de Bavière. Ce prince, admirablement doué, sous le rapport du cœur, de l'esprit et de l'intelligence, eut le malheur d'avoir pour précepteur un prêtre, dont nous parlerons plus tard. Aux sièges de Mons (1691) et de Namur (1692) il se distingua sous les yeux du roi, et se fit remarquer par ses hardis coups de main à Steinkerque (1692), à Neerwinden (1693). C'en fut assez pour donner de l'ombrage à Louis XIV , qui le tint systématiquement à l'écart. J^es brillantes qualités du jeune prince, qui se seraient développées dans les camps, se ternirent dans l'inaction ; sa nature vive, ardente, qui ne trouvait plus un aliment dans les hasards de la guerre , le jeta dans des plaisirs ignobles; il s'entoura déjeunes gentilshommes cités par leur épicuréisme, en forma sa cour et les appela ses roués1. Philippe cependant se survivait à lui-même et trouvait dans l'étude des lettres, des sciences et surtout de la chimie, une heureuse diversion à ses orgies.

Devenu le gendre de Louis XIV par son mariage avec Mlle de Blois2, il ne vit pas son crédit s'accroître ; cependant les préventions de son oncle diminuèrent et il reparut sur les champs de bataille , où il déploya l'habileté d'un général et la bravoure d'un gentilhomme; ayant de nouveau porté ombrage, il rentra dans la vie privée et retourna à ses orgies et à ses creusets ; quand la mort vint faire le

1. Il leur donna ce nom, parce qu'ils auraient, disait-il, mérité la roue.

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