‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 54 sur 263 · Fille du roi et de Mme de Montespan · texte numérisé non relu

Fille du roi et de Mme de Montespan

vide autour du vieux roi, la voix publique lui jeta à la face le titre d'empoisonneur. Il souffrit cruellement; toutes les apparences étaient contre lui. Sa vie était infâme ; il passait la plupart de ses nuits dans les débauches, et père incestueux, il avait, disait-on, pour amante sa propre fille, la duchesse de Berry. Comme il ne restait de la belle famille de Louis XIV qu'un enfant de deux ans, le peuple, tremblant pour ses jours, disait: ce II l'empoisonnera aussi!»

Ces bruits calomnieux irritaient Philippe, qui demanda à son oncle de le mettre en jugement; le vieux roi ne le voulut pas et sacrifia l'honneur de son neveu à son repos.

La cour et le peuple croyaient toujours à la culpabilité du duc d'Orléans quand il prit les rênes du royaume. La France eût dû pousser un cri d'horreur en apprenant qu'elle allait être gouvernée par ce prince; il n'en fut rien : sa lassitude du dernier règne lui fit accueillir le pouvoir nouveau avec enthousiasme; elle parut ne plus se rappeler que l'homme qu'elle acclamait était naguère encore, à ses yeux, un empoisonneur; elle oublia ses vices, son cynisme, ses orgies, et ne voulut voir, en lui, que le réparateur* des grandeurs désastreuses de son oncle, dont le parlement cassa le testament avant d'en avoir entendu toute la lecture. Le régent justifia quelques-unes des espérances de la nation ; il rappela les jansénistes , exila Letellier , rendit aux parlements leurs droits de remontrance, réforma plusieurs des abus de la cour , chercha à mettre de l'ordre dans l'administration des finances , et parut sentir sa responsabilité à l'égard du royaume et de son jeune roi1. Malheureusement, son extrême faiblesse, son indolence et son amour excessif des plaisirs, le condamnaient fatalement, malgré son incontestable capacité, à se donner un maître. 11 le trouva dans son précepteur, l'abbé Dubois.

Dubois, Guillaume, naquit en 1656, à Brîves-la-Gaillarde; il était le fils d'un apothicaire, qui le destina à l'état ecclésiastique. Après avoir terminé ses études au collège Saint-Michel , à Paris , le jeune Dubois fut nommé précep-

Page 1