‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 6 sur 263 · LIVRE XLIY · texte numérisé non relu

LIVRE XLIY

on le relâche. 11 rencontre, le même jour, dans les rues, le déserteur couvert de ses haillons, le dénonce à des soldats, qui s'emparent de lui et le conduisent devant Bàville. Ce conjuré était un Suisse, nommé Jean-Louis et surnommé le Genevois. A la vue de l'intendant il se trouhle, la peur s'empare de lui , et tombant aux genoux de Berwick, qui était présent, il promet de tout révéler si on lui accorde la vie; sur l'assurance qu'ils lui donnent qu'elle ne court aucun danger, il leur révèle, dans les moindres détails, le complot et leur apprend que les chefs sont à Nîmes, où ils attendent, pour agir, le signal de l'insurrection.

Cette révélation effraya Bâville; il croyait le Languedoc pacifié, et pendant trois mois il avait dormi sur un volcan! Berwick confia immédiatement Jean-Louis à un lieutenant de maréchaussée, nommé Barnier, homme de confiance et de résolution, qui le conduisit à Nîmes , lié sur un cheval de poste , entouré de six archers. A six heures du soir Barnier entrait à Nîmes et prévenait le gouverneur, M. de Sandricourt, de l'existence du complot. Celui-ci fit fermer les portes et placer partout des sentinelles; quand la nuit fut venue, Jean-Louis , escorté d'une compagnie de Suisses, se dirigea vers la maison d'un riche négociant en soie, de ce même Alison, l'un des chefs du complot. La porte était entr'ouverte. «Il n'y a rien ici » , dit l'officier qui commandait l'escorte. On allait se retirer, quand, sur les instances du Genevois , les soldats pénètrent , en silence , dans l'intérieur de la cour, prêtent l'oreille et entendent des personnes qui causent au rez-de-chaussée. — «Je vous assure, disait une voix forte, qu'avant trois mois le roi ne sera plus maître du Languedoc. »

A ces mots , les soldats se précipitent dans l'appartement , la baïonnette au bout du fusil ; au bruit qu'ils font, les conjurés , avec l'instinct que donne le danger , saisissent leurs armes ; mais prompts comme l'éclair, les Suisses se jettent sur eux et s'emparent de Ravanel, de Jonquet et de Vilas; Alison, le maître de la maison , qui se trouvait au premier étage, averti par le bruit, gagne le toit et se

blottit derrière une cheminée. Le lendemain , à l'aube du jour, une sentinelle l'aperçoit: «Descends, lui crie-t-elle, ou je te tue. » Le marchand de soie, saisi de frayeur, à la vue du fusil braqué sur lui, quitte son asile et vient se livrer aux soldats. 1

Un grand nombre d'arrestations furent immédiatement opérées. Le lendemain, quand on connut les événements de la nuit, les protestants furent terrifiés; un moment, à la vue de la ville occupée par les milices bourgeoises et sillonnées par de nombreuses patrouilles, ils crurent être à la veille d'une Saint-Barthélemi. Les nouveaux convertis, craignant d'être compris dans le massacre, se pressèrent aux portes des églises des faubourgs, celles de la ville étant fermées, pour se confesser et communier.2

A la nouvelle de ces arrestations , Bâville etBerwick arrivèrent en toute hâte de Montpellier (20 avril 1705) et purent se convaincre du péril que l'État avait couru , quand ils tinrent dans leurs mains tous les fils de cette vaste conspiration; mais quelque importante que fût la capture de trois des principaux chefs de complot, le plus important, Catinat , manquait. On savait cependant qu'il était à Nîmes. Berwick promit cent louis d'or à celui qui le livrerait, et sa grâce à celui qui le recélait, pourvu qu'il le dénonçât avant la perquisition générale qui allait se faire, sinon il serait pendu devant sa porte. 3

Catinat, soit à cause de la terreur de son hôte , soit qu'il se défiât de lui , sortit de sa maison , entra dans la boutique d'un barbier, se fit raser, poudrer, et singeant le gentilhomme, il se dirigea vers la porte Saint- Antoine , tenant un papier à la main et faisant semblant d'être absorbé dans sa lecture. Le capitaine de garde , frappé de sa physionomie, l'arrêta. On l'examina attentivement, mais personne ne le connaissant, son identité ne put être constatée. Le

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