‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 69 sur 263 · LIVRE XLVI · texte numérisé non relu

LIVRE XLVI

vait: ((Celui qui ne croit pas en Jésus- Christ, qui ne se repent pas de ses péchés et ne s'applique pas le mérite de la croix du Rédempteur des hommes, doit craindre la mort; quant à moi, Christ m'est un gain dans la vie et dans la mort; s'alarme qui voudra dans ces temps fâcheux, que les mondains soient pleins d'épouvante à l'approche de la mort et de la peste, pour moi je serai véritablement étranger , mais cela d'une manière salutaire; j'éviterai la verge et celui qui l'a assignée; mais je ne serai pas comme ceux qui sont sans Dieu et sans espérance dans le monde, ma frayeur sera pleine de confiance1.» Dans son activité infatigable il pensait à tout, subvenait à tout, et donnait aux plus petites choses l'attention qu'il portait aux grandes. Ferme, mais toujours charitable, il savait supporter les infirmités des faibles; au lieu de les brusquer, il s'efforçait de les éclairer. Au jeune ministre du désert. Roux, qui se sentait arrêté devant certains passages de l'Écriture sainte, il écrivait: «Attachez-vous à bien lire l'Écriture sainte, rendez-vous-la familière autant qu'il vous sera possible: c'est le magasin d'où vous devez tirer les armes nécessaires pour combattre l'erreur et le vice et faire triompher la vérité; c'est le cabinet où vous devez puiser la science que vous devez enseigner aux hommes. Il y a des choses obscures et abstraites, n'importe, ne vous rebutez pas; ce qui vous est obscur aujourd'hui vous paraîtra clair demain ; un peu d'explication, un peu d'habitude à examiner et à confronter les passages, vous rendra l'explication aisée, si vous demandez avec ferveur, humilité et persévérance l'esprit d'humiliation à celui qui, auteur de la sagesse, la donne bénignement et ne la reproche pas.»2

Antoine Court, malgré son aversion pour les femmes qui se mêlaient de dogmatiser, ne voulait pas cependant les condamner à un mutisme absolu. ((Quand il n'y aura pas dans un endroit des pasteurs, disait-il dans une de ses lettres, que les femmes s'attachent, par leurs représentations, à ramener les pécheurs, qu'elles consolent les affligés, visitent les malades, instruisent la jeunesse, fortifient les faibles; qu'elles fassent tout cela, ajoutait-il,

1. Manuscrits de Court, L. D. C, t. Ier, 1720 à 1724, p. 237.

2. Manuscrits de Court. — Lettres de Court, 1720 à 1724, n° 7.

iOO HISTOIRE DE LA RÉFORMATION FRANÇAISE.

par des entretiens particuliers ; mais qu'elles ne s'émancipent jamais à prêcher en docteurs dans une assemblée dûment convoquée.»1

Court nous est plus connu comme pasteur, organisateur et historien, que comme orateur; si nous devions cependant juger de ses talents oratoires par quelques lambeaux de sermons qui nous ont été conservés, nous lui donnerions une belle place à côté des maîtres de la parole ; c'était le 19 mai 1720, jour de jeûne et d'humiliation pour les Églises: le pasteur du désert, au moment de congédier l'assemblée, s'écria: ce Dieu veuille graver dans vos mémoires ces salutaires instructions qu'il a plu à sa bonté de nous donner aujourd'hui par mon ministère, d'un caractère qui ne s'efface jamais ; Dieu veuille que le jeûne que nous avons célébré aujourd'hui ne soit pas seulement une abstinence de repas de viande, mais une entière privation du péché et de tout ce qui serait capable de nous perdre et d'allumer de plus fort la colère de Dieu contre nous; Dieu veuille que notre humiliation lui soit agréable, que nos prières parviennent au trône de sa miséricorde; qu'elles lui fassent tomber les verges qu'il a en main pour nous frapper; qu'elles fassent découler sur nous et sur nos troupeaux affligés les richesses de sa grâce , et les influences de sa miséricorde ; Dieu veuille i^ous fortifier lui-même par son esprit et mettre lui-même ses paroles dans votre bouche, afin que vous puissiez édifier et désarmer ceux qui nous affligent. Dieu veuille sanctifier et consoler vos cœurs ; Dieu veuille toucher lui-même, convertir et bénir ceux qui persécutent sa vérité sans la connaître; Dieu veuille nous donner des jours de paix et de consolation après des jours malheureux auxquels nous avons senti tant de maux; Dieu veuille encore ouïr les cris et les gémissements de nos pauvres frères prisonniers , galériens exilés ou en fuite, et leur donner matière de joie et de consolation en les délivrant de leurs souffrances; Dieu veuille enfin rétablir sa pauvre Jérusalem, nous combler tous de ses béné-

1. Manuscrits de Court, L. D. C, t. Ier, 1720 à 1724, n° 7, p. 218.

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