Lemontey, Histoire de la régence, t. II, p
tout ce qu'il entreprit et ne dut point de succès au hasard, il conquit tout hors la considération, et par .un dernier prodige, accoutuma au joug un maître vain, défiant et spirituel , mille fois plus difficile à dompter que le roi débile ou la femme bornée dont se jouèrent Richelieu et Mazarin.
«La haute naissance du régent lui fit imputer des crimes imaginaires; la basse extraction du favori autorisa l'envie à exagérer ses vices. L'un et l'autre, entourés d'ennemis et d'outrages, dédaignaient la vengeance, celui-là par sa pente naturelle, celui-ci par un calcul d'égoïsme. Maîtres absolus de tous les trésors de la France, le premier laissa sept millions de dettes et le second une simple succession mobilière qui n'égalait pas deux années de son revenu. La nécessité bouleversa leur règne par des nouveautés étranges qu'aucun d'eux n'aimait; le duc d'Orléans, parce qu'il se défiait de sa constance à les soutenir, et l'archevêque de Cambrai, parce qu'il se sentait assez fort pour s'en passer. La mort les saisit aux sommets de la puissance, mais tandis que le prince laissa tomber sans regrets des jours abreuvés de délices, le parvenu disputa, jusqu'à la fureur, une vie pleine de tortures. Si Dubois , sans modèles et sans imitateurs dans sa carrière politique, n'eut point les faiblesses de l'âge avancé , et couvrit les défauts de l'homme par l'application de l'administrateur, l'indolent, le scandaleux régent orna le pouvoir qu'il ne sut pas exercer des charmes d'une bonne nature , de l'ascendant, si puissant parmi nous , de la gloire militaire et des étincelles de cet esprit supérieur qui avait été donné à quelques princes de sa race. En supposant ces deux hommes privés de leurs mutuels secours, on peut conjecturer que le gouvernement de Philippe eût fini par une sanglante anarchie , et celui de Dubois par un ignoble despotisme ; mais le précepteur et le disciple tempérés, l'un par l'autre, formèrent une sorte de souverain mixte , tolérable pour les peuples et peut-être convenable à ces temps de relâchement où les hommes de génie sont disproportionnés, où les gens de bien ne font que des fautes et où l'arrangement public ne comporte pas de meilleures vertus. Si la régence doit être reconnue à ces derniers traits , ce sera déjà un grand reproche qu'elle aura mérité. Nous ne tâcherons pas moins,