‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 78 sur 263 · LIVRE XLVI · texte numérisé non relu

LIVRE XLVI

arrivèrent à La Rochelle , où on les jeta dans une prison tellement infecte qu'ils y seraient tous morts, si on ne les en avait retirés à temps. En quelques jours ils paraissaient avoir épuisé tous les genres de souffrances, tous étaient alités, atteints de fièvre maligne; deux succombèrent.

Les protestants de La Rochelle s'intéressèrent vivement au sort des prisonniers. Les dames justifièrent, à leur égard, leur belle réputation de charité, en les entourant de cette délicate compassion dont les femmes chrétiennes seules possèdent le secret. Grâce à leurs soins ils échappèrent à une mort presque certaine.

Le bruit de leur infortune toucha leurs frères de l'étranger, qui intercédèrent pour eux auprès des cabinets de Londres et de la Haye. On ne leur rendit pas la terre natale, mais on leur fit grâce du Mississipi. Le révérend Dartis, chapelain de l'ambassade anglaise, vint de Paris à La Rochelle pour préparer et hâter leur embarquement pour Londres ; il eut lieu le 3 juillet 1721. Les prisonniers furent accompagnés par un sergent et quatre mousquetaires qui ne les quittèrent qu'après les avoir remis au commandant du vaisseau qui devait les emporter sur la terre étrangère.

Malgré les précautions prises par l'autorité pour que leur départ eût lieu secrètement, on vit, au moment où le vaisseau levait l'ancre, debout sur les remparts, près de 4,000 personnes qui s'écrièrent tout d'une voix: «Adieu, nos chers frères ! Adieu ; que le Seigneur vous accompagne et vous donne un heureux voyage!»

Les exilés, vivement impressionnés de cette dernière marque de fraternité chrétienne , répondirent à leurs adieux par des adieux et ne détachèrent leurs regards de dessus leurs frères que lorsque le vaisseau , en s'éloignant, les eut dérobés à leur vue.

Une complainte popularisa parmi les protestants le souvenir de leurs souffrances.

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