‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 79 sur 263 · LIVRE XLYII · texte numérisé non relu

LIVRE XLYII

Louis XIV avait laissé à Philippe d'Orléans un État épuisé par des guerres longues et désastreuses; celui-ci, en mourant , légua au jeune Louis XV une France ruinée et une cour avide d'or et affamée de plaisirs. Le prince qui montait sur le trône n'avait hérité de son arrière-grand-père qu'une belle figure; sa santé délicate, son caractère indécis et son indolence naturelle, le condamnaient, fatalement, à une minorité perpétuelle. L'évêque de Fréjus , depuis le cardinal Fleury, son précepteur, l'engagea, immédiatement après la mort de Philippe, à nommer premier ministre, Louis duc de Bourbon, connu, à la cour, sous le nom de Monsieur le Duc. Ce prince comptait parmi ses aïeux, Louis, prince de Condé, tué à Jarnac, et le vainqueur de Rocroi ; il avait une intelligence bornée , un caractère farouche, un aspect hideux depuis qu'il avait perdu un œil ; il était brutal dans ses haines comme dans ses amours; une femme belle et intrigante, la marquise de Prye , le dominait.

A peine arrivé au pouvoir, M. le Duc se hâta de se faire des créatures dans la noblesse, en la comblant de faveurs; en temps de paix, contrairement à l'usage, sept bâtons de maréchaux furent donnés. Le ridicule duc de Roquelaure et l'insignifiant duc de Medavy eurent le leur. On leur tint compte de leurs exploits à l'égard des protestants; inintelligent de ce côté, le duc de Bourbon le fut plus encore en essayant des réformes financières et judiciaires. Les conseils du sage d'Aguesseau ne furent pas écoutés , et la France, qu'on voulait guérir, devint un peu plus malade.1

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