‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 8 sur 263 · LIVRE XLIV · texte numérisé non relu

LIVRE XLIV

du fusil, ôtèrent aux mécontents toute idée de soulèvement.

Vilas fut exécuté le premier, à cause de son extrême jeunesse; il mourut en héros, comme Jonquet, dont les membres encore palpitants furent jetés (ainsi le voulait la sentence) dnns le bûcher sur lequel Ravanel et Catinat étaient attachés. Unis pendant leur vie , ces deux chefs le furent dans la mort; leur supplice fut affreux. Comme le feu s'allumait lentement, la nuit ayant été pluvieuse, des femmes, les unes par compassion, les autres par fanatisme, coururent chercher des fagots et les jetèrent dans le bûcher; la flamme brilla et monta le long du poteau. Ravanel, impassible comme une statue de marbre, regardait faire; quand il se sentit atteint par les flammes , il entonna un psaume d'une voix mâle et forte et ne cessa de chanter qu'au moment où le feu, plus fort que sa volonté, ferma ses lèvres. Catinat, plus ferme devant le bûcher que devant la question, souffrit en silence, sans pousser un cri; mais ses douleurs furent plus atroces que celles de son frère d'armes, car le vent, qui écartait les flammes de son côté, prolongeait son supplice. Les membres de Ravanel étaient déjà calcinés et il était encore plein de vie; par moments le camisard s'impatientait, s'agitait , c'était horrible à voir, et cependant, durant sa longue et douloureuse agonie, on n'entendit pas sortir, du milieu de la fouie des catholiques, un seul cri de pitié et de compassion. 1

«Telle fut, dit Louvreleuil, la détestable fin de ces quatre brigands; ils allèrent où va le chemin qu'ils avaient pris; ils furent payés du maître qu'ils avaient servi , je veux dire qu'ils tombèrent entre les mains du démon qui paya , de ses noires fureurs , de ses tisons ardents et de ses cruautés éternelles, l'obéissance qu'ils avaient rendue à ses suggestions criminelles.»2

Nous n'acceptons pas le jugement du bon Louvreleuil, et sans vouloir nous constituer l'apologiste des quatre chefs camisards, nous croyons que ceux qui les condamnèrent n'eurent ni leur courage ni leur héroïsme. Bâville, qui tressaille de joie à la vue des restes calcinés de Ravanel ,

1. Brueys. — Louvreleuil: — Court. — Bulletin de la Soc. de l'hist du prot. franc., t. II. p. 4G1.

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