LIVRE XLVII
avaient été éclairées par des flambeaux, celle-ci le fut par l'astre du jour; quelle différence pour la dévotion! La Pentecôte s'approchant me prescrivit la retraite, parce que c'est une de nos maximes de ne point faire de convocation pendant les fêtes solennelles; car alors les détachements roulent plus qu'à l'ordinaire.
«Je ne me remis en campagne que le jeudi 20 mai. Sur mon chemin, j'appris que M. Bétrine convoquait ce soirlà une assemblée , je m'y rendis. Je partis de là pour Saint- Hippolyte-le-Caton, où je rassemblai, le vendredi 21, l'Église de ce lieu et celles des environs; quelques personnes d'Uzès s'y rendirent. Le dimanche 23, je convoquai les Églises de Cendras et de Lussan ; le lundi 24, celles de Saint-Laurent et de Saint-Quentin; le mercredi 26, celles d'Uzès et de Montaren. Il ne se passa rien de particulier, et tout y fut tranquille.
«M'étant rendu à Nîmes, pour une affaire particulière, j'en repartis le lundi 31, et j'assemblai ce soir même l'Église de cette vil'e, avec celles de La Calmette et de Saint- Géniès. Avant de sortir de la ville , on vint me dire que l'assemblée était vendue; je ne laissai pas de partir. Sur la porte de la Bouquerie, je vis une troupe de soldats et un peu plus loin un groupe d'officiers qui fixèrent les yeux sur un cavalier que j'avais avec moi; cette rencontre me fit craindre que l'avis, qu'on m'avait donné, ne fût réel, je n'en continuai pas moins mon chemin, persuadé que l'assemblée se tenait trop loin delà ville pour être suivie, que s'il y avait quelque chose à craindre, ce ne serait qu'en revenant , et qu'alors il ne manquerait pas de moyens pour rendre inutiles les poursuites des soldats. Nous eûmes un autre obstacle, ce fut une nuit obscure accompagnée de pluie, obstacle qui fit que plusieurs errèrent dans les ténèbres sans trouver le lieu de réunion. Je rencontrai sur mes pas l'une de ces troupes égarées, à laquelle il fallut que je servisse de guide. Nous essuyâmes, avant la prédication, un revers de pluie qui nous mouilla considérablement; il cessa pourtant et nous pûmes aller tranquillement célébrer notre exercice. Il n'en fut pas de même au retour; la pluie se renforça; mais ce fut un bonheur, puisqu'elle empêcha les soldats de faire une sortie.
«Le mardi 1er juin, je convoquai les Églises de Lédignan,
de Lascours et de Cruvières. M. Claris, qui devait m'accompagner dans les hautes Cévennes, vint me joindre; nous nous rendîmes du côté de Brenous où nous assemblâmes, le jeudi 3, cette Église avec une de ses voisines. Quelques personnes d'Uzès voulurent se joindre à nous; mais une pluie très-forte fit décamper tous ceux qui s'étaient rendus sur la place de bonne heure. Les fidèles qui étaient avec moi ne perdirent pas courage. Nous allâmes au rendez-vous malgré la pluie ; avant d'y arriver, nous rencontrâmes une troupe de gens qui retournaient chez eux et qui nous apprirent que tous avaient déserté; nous ramenâmes ceux-ci et rappelâmes les autres par le chant d'un psaume. La prédication fut ouïe et la sainte cène célébrée, comme si le temps avait été beau ou moins mauvais. — Le samedi 5, j'assemblai les Églises de Chamborigaud et de Castagnols; cette dernière, qui se distingue de bien d'autres par son zèle et par son courage , me fournit l'occasion d'exercer les principales fonctions de mon ministère: je baptisai cinq enfants et bénis autant de mariages. — Le lendemain dimanche, s'assemblèrent les Églises de Génolhac, de Frugère et du Pont-de-Montvert; cinq enfants furent encore baptisés devant une assemblée trèsnombreuse, ce qui n'avait pas été vu depuis la révocation (de l'édit de Nantes). Cette cérémonie attendrit tous les cœurs, et la prédication qui la suivit fit verser d'abondantes larmes; la pluie nous incommoda pourtant beaucoup ; mais comme elle cessa après le culte, les uns se retirèrent, et les autres, formant un grand nombre de cercles assis sur le gazon quoique humide, prirent un sobre et simple repas, composé d'aliments apportés dans ce but, et qui se termina par le chant d'un cantique sacré. C'est ainsi, du reste, qu'on en use ordinairement dans ce pays. Avant de le quitter, je bénis cinq mariages.
«Le prédicateur du quartier m'ayant appris que des fidèles de la Lozère n'avaient pu assister à notre réunion à cause de la distance qui les en séparait, nous en convoquâmes une autre pour le lendemain lundi 7, à une lieue plus loin; elle ne fut pas moins nombreuse que celle de la veille; mais mon Dieu! que de pluie tomba pendant la prédication et la célébration de l'Eucharistie ! elle ne porta cependant aucun trouble dans le recueillement, tant ces