‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 90 sur 263 · LIVRE XLVIT · texte numérisé non relu

LIVRE XLVIT

assemblée; tout y fut néanmoins tranquille, et chacun se retira chez soi heureusement. Oh! que la protection divine est un asile assuré! Mille fois heureuse la société qui, en tout temps et dans les alarmes, y cherche son refuge!

«La nuit du samedi au dimanche 19, nous assemblâmes les Églises de Roquedur et de Saint-Laurent; le dimanche matin, celles de Ganges, de Sumène et de Saint-Hippolytedu-Chàteau. La pluie, qui nous avait quittés depuis quelques jours, revint et tomba avec force sur mon dos et sur celui de mes deux collègues : à cet orage succéda un temps très-beau qui nous décida à convoquer, pour le lendemain 20, les Églises de Quissac et de Cannes. Cette assemblée fut suivie d'une autre composée des Églises de Lézan et de Tornac. Mais vivement touchés des malheurs de ces fidèles que la pluie du 3 juin avait fait décamper sans entendre la prédication, nous résolûmes, tant pour les dédommager que pour satisfaire le désir empressé de plusieurs personnes qui n'avaient pu assister à nos autres assemblées, de leur accorder la consolation qu'une trèspressante faim de la Parole de Dieu nous demandait; c'est ce que nous fîmes dans la nuit du 26. — Le mardi suivant 29, j'assemblai les Églises d'Alais, de Sàint-Paul-Lacoste et de Générargues, et le vendredi 3 juillet, celles de Peyrol, de Saumane, de Saint-Roman et de Moissac. Je réservai le dimanche pour réunir les Églises de Saint- Jean-du-Gard, de La Salie et d'Anduze. L'assemblée fut belle et nombreuse, le paysan s'y vit accompagné du noble et du bourgeois; si le calcul est juste, quatre pauses de psaume et tout le cantique onzième (qui en a trois) furent chantés pendant la communion, qui se ht pourtant très à la hâte, pressés que nous étions par les rayons ardents du soleil qui donnaient perpendiculairement sur nos têtes, et nous servant d'ailleurs d'une coutume qui, dans son usage, fait qu'un pasteur aidé par un ancien fait communier presque autant de personnes que s'ils étaient deux.

«Mais pourquoi, dira-t-on peut-être, des assemblées aussi nombreuses? N'en craint-on pas les conséquences? Il est des lieux où il serait bien difficile de les faire d'une autre manière. Le nombre des fidèles y est grand, le zèle empressé, la faim dévorante, les prédications rares, les pasteurs encore plus; on épie l'occasion, on s'en saisit et,

pour éviter le trop grand nombre, il faut que le pasteur se* cache, qu'il use de stratagème, comme à la guerre; on le suit à la piste. — II y avait huit jours que les fidèles-de ces lieux étaient en mouvement pour épier cette dernière occasion; et l'économe du père de famille peut-il interdire aux enfants de la maison le pain sacré de la Parole? le pain qu'on lui demande non-seulement avec empressement, mais même avec larmes? Non, dira-t-on; mais alors il faudrait multiplier les assemblées; voilà qui est bien, mais où est le nombre suffisant de pasteurs pour le faire?

«Il est temps que j'achève le catalogue de mes assemblées ; j'en vais faire la clôture par celle qui se tint le lundi 5 juillet dans la nuit, composée des Églises de Monoblet, de Sauve et de Durfort. Ces différentes assemblées, prises dans le total, pouvaient monter au delà de trois mille personnes. Dans toutes nous avons administré la sainte cène , dans aucune nous n'avons eu d'alarmes; dans presque toutes, nous avons reçu des gens à la paix de l'Église, parce que la sainte cène leur avait été interdite, soit pour avoir fait bénir leur mariage dans l'Église romaine, soit pour y avoir fait baptiser leurs enfants. Durant le cours de ma visite, j'ai béni environ quinze mariages et baptisé autant d'enfants; mais qu'il serait à souhaiter que le nombre en eût été plus grand, et qu'il est affligeant en même temps que tous n'aient pas le même zèle et le même courage, puisqu'il se trouve des gens assez lâches pour faire bénir leurs mariages et baptiser leurs enfants dans une Église où un morceau de pâte est adoré à la place du Créateur! Je vous l'avoue, cette indigne conduite en a découragé beaucoup. Invitez quelqu'un de nos amis à écrire sur la matière pour nous aider à bannir, s'il est possible, du milieu de nos Églises un si détestable et criminel usage.

«Vous ferai-je remarquer, pour la fin, que tant d'ouvrage demande beaucoup de forces? Ce serait peu que la prédication et l'administration de la sainte cène, s'il ne fallait pas, après avoir vaqué à ces fonctions, faire de longs trajets, et si, en arrivant, le pasteur pouvait prendre quelque repos; mais son apparition est attendue par mille personnes, dont chacune a un mot à lui dire, ou un cas de conscience à lui exposer. Quatre heures entières l'attendent ensuite pour le voir debout et bien occupé; il est

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