LIVRE XLVII
trop aimé, il est trop rare, pour trouver là la fin de son travail; il faut qu'il reçoive les compliments d'une foule de gens qui se jettent sur lui , qui lui baisent la main et qui s'informent de l'état de sa santé. »'
C'est ainsi que le pasteur du désert se vengea de ses accusateurs ; en terminant sa lettre, il put leur dire : «Dans l'espace de trente jours j'ai présidé trente -deux assemblées ; j'ai administré les sacrements , j'ai parcouru au péril de ma vie cent lieues de pays montagneux. Voilà comment je perds mon temps à la chasse et auprès de ma chère Rachel !»
Quand ces événements se passaient, les rênes de l'Etat étaient tombées, depuis deux ans, des mains de M. le Duc dans celles de Fleury.
L'évêque de Fréjus , devenu le cardinal de Fleury, n'avait désigné au roi M. le Duc que pour pouvoir, au moment favorable , prendre sa place; l'occasion s'étant présentée lors du renvoi ignominieux de l'infante d'Espagne, destinée au jeune Louis XV qui épousa Marie-Leczinska, fille de Stanislas, qui avait perdu le trône de Pologne, le duc de Bourbon fut remercié de ses services et alla finir ses jours dans son brillant et royal exil de Chantilly.
Quand Fleury arriva au pouvoir , il avait 73 ans; mais l'ambition, qui ne vieillit pas, le jeta dans le tourbillon des affaires , quand tout aurait dû l'inviter à la retraite. Ce prêtre arriva au poste de premier ministre avec le double avantage d'un caractère doux, modéré, qui lui concilia les esprits, et d'un âge qui calma les impatiences de ceux qui aspiraient à la suprématie dans l'État. Ce vieillard qui avait passé la plus grande partie de sa vie loin de la cour, avait pu , de sa résidence de Fréjus, se faire une juste idée des populations protestantes du Languedoc; il savait que les nouveaux convertis ne l'étaient que de nom, et que les persécutions étaient loin d'avoir atteint le but de leurs auteurs. Cela ne l'avait pas empêché de concourir avec Lavergne deTressan à la rédaction de l'édit de 1724,