Manuscrits de Court. — Ch. Coquerel , t. Ier
qui consacrait toutes les violences du passé et les aggravait par de nouvelles.
Une chose assez remarquable , mais que n'expliquent pas les raisons d'État! Fleury sacrifia la catholique Espagne à la protestante Angleterre, en confirmant Gibraltar à cette dernière puissance. Les protestants, en le voyant tendre la main à Walpole, chef du cabinet britannique, durent croire que des jours meilleurs allaient se lever pour eux; mais il était dans leur destinée d'être toujours abandonnés par ceux qu'une politique, sinon noble, du moins intéressée, devait porter à leur tendre la main.
Fleury n'était ni un père Lachaise ni un Letellier, mais il était faible; dès lors , ceux qui l'entouraient, devaient l'entraîner à des mesures de cruauté. Les jésuites et les jansénistes, prêts à tout moment à .s'exterminer , se trouvaient unis, quand il s'agissait de l'extinction de l'hérésie, les premiers par haine instinctive, les seconds pour se faire pardonner à Rome leurs hardiesses théologiques. De plus, les parlements, qui avaient reconquis l'autorité qu'ils avaient perdue sous Louis XIV, conservaient , avec un soin jaloux, le dépôt des traditions de l'Eglise gallicane et savaient dans l'occasion résister énergiquement à Rome; mais plus ils déployaient de hauteur à son égard, plus ils se montraient impitoyables envers les protestants. Ses membres occupaient unehaute position dans le royaume, la plupart étaient catholiques zélés, et, comme Louis XIV, ils ne comprenaient pas l'État sans l'unité politique et religieuse. Ils n'approuvaient pas cependant l'éditde 1724 dans toutes ses parties, et savaient parfois distinguer ce qui était de l'ordre civil de ce qui était de l'ordre religieux ; mais les mêmes hommes qui résistaient au clergé, quand il s'agissait pour les protestants de leurs droits de citoyens , étaient aussi impitoyables que lui , quand ils étaient amenés devant eux à cause de leur foi. La première de leurs victimes fut un jeune pasteur du désert, Alexandre Roussel.
Alexandre Roussel était né, vers 1701, à Uzès, d'une famille honorable ; bercé au bruit de la fusillade , il grandit au milieu des périls sans cesse renaissants de la