‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 95 sur 263 · LIVRE XLVII · texte numérisé non relu

LIVRE XLVII

rait été plus complet, c'est-à-dire qu'on aurait trouvé une plus grande quantité d'armes et de livres, si la crainte de ce châtiment, dont les nouveaux convertis ont eu déjà quelques exemples en d'autres endroits, ne les avait engagés depuis deux mois à prendre leurs précautions; mais on n'a pas laissé de leur enlever près de quatre-vingts armes de toute espèce, et environ quatre cents volumes de livres qui seront brûlés sur la place publique au premier jour de marché; ils en ont jeté pour le moins autant dans leurs puits, citernes ou cloaques, d'où ce qu'ils pourront retirer ne leur servira jamais d'aucun usage, et le principal objet de cette punition est l'impression qu'elle fera sûrement sur les esprits, qui paraissent très-consternés.»1

L'expédition de Bernage fut plus funeste aux protestants, que si l'intendant eût surpris deux ou trois de leurs assemblées et livré quelques-uns des assistants au bourreau et aux galères. En saisissant leurs Bibles, leurs catéchismes, leurs sermonnaires et leurs livres de prière, il leur enlevait leurs consolateurs et rendait difficile le culte domestique, qui suppléait, pour un grand nombre , à la rareté du culte public. Court ressentit vivement la grandeur de la perte. Sa tristesse s'accrut par la nouvelle inattendue de la mort de Saurin, le grand orateur du refuge, enlevé aux Églises dans toute la maturité et l'éclat de son talent.

Saurin, en prenant le chemin de l'exil, avait, pour nous servir des termes de l'Ecriture sainte, secoué la poussière de ses souliers contre son ingrate patrie, qui s'enivrait du sang de ses frères; il lui avait dit un dernier et regrettable adieu; ses triomphes étaient, pour son cœur ulcéré, une amertume; ses défaites, des joies; sans le justifier, nous le comprenons, quand du haut de sa chaire, après nos désastres de Ramillies et de Hochslelt, il trace, de main de maître, le portrait de Louis XIV. ce .le le vois, s'écrie-t-il dans son célèbre discours des Profondeurs divines, d'abord égalant, que dis-je, surpassant les pius célèbres potentats,

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