‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 96 sur 263 · Borrel, Biographie de Court , p · texte numérisé non relu

Borrel, Biographie de Court , p

parvenus à un point d'élévation qui fait l'étonnement du monde universel, nombreux dans sa famille, victorieux dans ses armées, étendu dans ses limites; je vois des places conquises, des batailles gagnées, tous les coups que l'on porte à son trône ne servant qu'à l'affermir; je vois une cour idolâtre, qui l'élève au-dessus des hommes, au-dessus des héros, et qui l'égale à Dieu même; je vois toutes les parties de l'univers inondées de ses troupes, nos frontières menacées, la religion qui chancelle et le monde protestant au terme de sa ruine. A la vue de ces orages, je, n'attends plus que le dernier coup qui va renverser l'Eglise, et je m'écrie : 0 nacelle battue de la tempête, vas-tu être engloutie dans les flots?

« Voici la divinité qui découvre le bras de sa sainteté, qui sort du sein du chaos, qui nous confond par les miracles de son amour, après nous avoir confondus par les ténèbres de sa providence. Voici dans l'espace de deux campagnes plus de cent mille ennemis, ou ensevelis dans les ondes, ou emportés par l'épée de nos soldats, ou foulés aux pieds de nos chevaux, ou accablés de nos chaînes. Voici des provinces entières soumises à notre obéissance; voici nos généreux guerriers couverts des plus beaux lauriers qui eussent jamais frappé notre vue. Voilà cette puissance fatale qui était montée jusqu'au ciel : la voici qui chancelle et qui tombe... Mes frères, que ces événements nous rendent sages. Ne jugeons pas de la conduite de Dieu par nos idées, et apprenons à respecter les profondeurs de sa providence. »

Si le grand orateur oublie qu'il est Français, il oublie rarement qu'il est chrétien. Dans son discours du premier jour de l'année 4710, après avoir remercié les Hollandais de leur noble et fraternelle hospitalité et les avoir félicités de la paix qui a succédé à la plus sanglante des guerres, il s'arrête un moment, puis il continue : «Nos vœux sont-ils épuisés? hélas! dans ce jour de joie, oublierons-nous nos douleurs? Heureux habitants de ces provinces, importunés tant de fois du récit de nos misères, nous nous réjouissons de votre prospérité, refuseriez-vous votre compassion

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