‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 10 sur 258 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

eeption ae qualité , soit des nobles, soit d'entre le peuple tant de la ville que du plat pays ; au mayeur et aux vingtquatre seront adjoints , pour les affaires d'importance , soixante - quinze autres conseillers, formant, avec lesdits mayeurs et vingt-quatre, le grand conseil des cent, qui décidera des lois à établir ou à réformer, des ordonnances de monnoie, levée de deniers , accord de trêve ou de paix, et des appels en matière criminelle. Les fonctions seront annuelles. Tous les chefs et conseils particuliers éliront un chef général, à la façon de dictateur romain, pour commander en la campagne, avec cinq lieutenants et un conseil, par la même voie que dessus. On usera de douceur envers les catholiques paisibles; quant aux traîtres et séditieux armés, qu'aucun d'eux ne soit épargné. Que les chefs se souviennent de ne se fier jamais en ceux qui, tant de fois et par si insignes et prodigieuses trahisons, ont rompu la foi, et se gardent bien de faire jamais de ces paix qui servent d'instrument de massacre.»1

L'abolition de la royauté et son remplacement par une république fédérative se trouve en germe dans ces paroles, ballon d'essai jeté au milieu d'un public qui jusqu'alors s'était courbé devant la majesté royale, et qui en la voyant lâchée de sang commençait à croire que Dieu pouvait bien l'avoir rejetée. Ces idées , semées sur un champ admirablement disposé, devenaient plus dangereuses pour la royauté que la perte de dix batailles. L'orage qui bat les branches du chêne lui nuit moins que le ver qui ronge en silence ses racines.

Les idées émises dans le synode du Béarn trouvèrent de l'écho au milieu des protestants ; chaque ville se disposa à résister jusqu'à l'extrémité et prépara ainsi à la cour des difficultés auxquelles elle ne s'attendait pas : « prête à assassiner, dit Henri Martin , elle ne le fut pas à combattre'; pauvre d'hommes et d'argent, elle l'était plus encore en généraux; dans ce moment critique, elle dut regretter le sang répandu , c'était trop tard ; il était impossible de reculer, car tant que la Rochelle ne serait pas prise, le

t. 1. La Popelinière. t. Iî, fol. 123. — Mémoire de l'État de Franc, II, fol. 37-42.

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