‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 101 sur 258 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

i ville au massacre et au pillage de ses soldats. Avant de mettre à exécution ce projet machiavélique, il le communiqua au fils du féroce duc de Montpensier. Ce jeune homme, qui n'avait hérité de son père que le nom, fut | saisi d'horreur et d'indignation. «Je m'appelle Bourbon, i répondit-il noblement au prince; je ne démentirai point un nom si pur; ne comptez sur moi que quand il s'agira d'entreprises justes et légitimes.»

Le duc d'Anjou chercha et trouva des hommes dignes i de devenir ses aides. Ils le comprirent et acceptèrent... En i pleine paix, au signal donné, des soldats et des gentilsi hommes envahirent Anvers et tombèrent sur ses habitants I désarmés qu'ils massacrèrent sans pitié. Après les premiers moments donnés à la terreur, les Anversois reconnurent qu'ils étaient les victimes d'un infâme guet-apens. Ils crièrent aux armes, et à leur tour, ils se jetèrent avec fureur sur leurs égorgeurs, qui, dans l'enivrement d'une victoire qu'ils croyaient certaine, criaient: «tue! tue! ville gagnée ! vive la messe ! » Quelques instants suffirent pour élever partout des barricades; les assassins, on ne peut leur donner un autre nom, tombèrent sous les coups îles Flamands.

Le duc d'Anjou était hors de la ville avec un corps de troupes. Il attendait là, sans en douter, la nouvelle de sa victoire. Les Français ne revenaient pas , ils étaient donc les maîtres de la ville. Il se préparait à y faire son entrée triomphale, quand il vit arriver des officiers échappés au massacre qui lui apprirent sa défaite. Au même instant les portes de la ville s'ouvrirent et les Anversois pointèrent vivement leurs canons contre les troupes du duc d'Anjou. Saisi de terreur, leur prince donne le signal de la fuite ; dans toute sa route, il fut poursuivi par les paysans soulevés en masse qui le traquèrent, lui et ses soldats, comme des voleurs de grand chemin. Beaucoup de Français périrent. Quinze cents trouvèrent la mort dans les rues d'Anvers; deux mille faits prisonniers ne durent la vie flu'à l'humanité du prince d'Orange. Rosny était au nombre aes prisonniers1. Il se rappela alors les paroles que le roi

1. Mémoires de Duplessis-Mornay, t. II. — Bentiviglio, partie U, liv. n, p. 49. — Sully, Économies royales, chap. 17. — D'Àubigné, Iiv. V, chap. 20.

de Navarre lui avait dites. Parti pauvre, il revint pauvre. Quand il revit son maître, celui-ci lui dit en riant: Eh bien? ne voilà-t-il pas l'accomplissement de ce que je vous dis de ce prince, lorsque vous prîtes congé de moi pour l'aller servir?

L'on pardonna au duc d'Anjou ses cruautés, on n'oublia pas ses revers. La cour ne vit en lui qu'un vaincu. Heureux, on eût caché sous des lauriers le sang injustement répandu; malheureux, on le méprisa. Le prince se livra à de nouvelles intrigues; son esprit remuant lui rendait le repos insupportable. Retiré dans son duché de Château- Thierry, il s'efforçait, par des promesses, faites aux protestants de Flandres, de calmer ceux de France, et il fit au roi de Navarre des propositions tellement déloyales que le prince les rejeta et en instruisit Henri III.

A cette même époque, Philippe II offrait son appui au roi de Navarre qui le refusa noblement. Aux menaces qui lui étaient faites d'envahir son petit royaume, s'il n'acceptait pas l'alliânce qui lui était offerte, Duplessis-Mornay répondit en son nom : c'est parce que mon maître est pauvre et proscrit, dit-il au roi catholique, qu'il ne veut pas justifier ses malheurs par la trahison. Il défend sa tête, sa foi et ses amis, mais en bon Français, en vaillant prince , en digne chevalier. Souverain , il peut soutenir la guerre contre un souverain par lequel il est attaqué , mais qu'il aime et qu'il plaint. Le roi de Navarre ne sera jamais ni le vassal, ni le stipendié, ni l'instrument de l'usurpateur de Navarre. 1 »

Duplessis-Mornay partit pour la cour de France ; il mit sous les yeux du roi les pièces qui établissaient les intrigues du duc d'Anjou et du roi catholique. Henri III ne pouvait revenir de sa surprise; mais l'indignation qu'il éprouva contre son frère et Philippe II fut moins grande que son admiration pour le roi de Navarre, gui ayant contre lui tant de griefs légitimes, se montrait si jaloux de la dignité de la couronne de France, et se comportait en vassal

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