‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 103 sur 258 · L'Estoile, année · texte numérisé non relu

L'Estoile, année

la race des Valois; car le roi était faible, maladif, sans espérance de postérité; sa mort prochaine devait faire du Béarnais l'héritier présômpLf de la couronne. La France avait donc en perspective un roi huguenot. Cette pensée faisait frémir d'indignation et de colère les ligueurs et remplissait d'espérance les protestants.

Pendant que le duc d'Anjou se mourait, Duplessis- Mornay qui voyait s'ouvrir pour le roi de Navarre une carrière si grande, lui écrivit une lettre dans laquelle il lui donnait de sages conseils et lui faisait entendre de dures vérités: «Sire, c'est Dieu lui-même, lui dit-il, qui vous inspira lorsque vous prites à Pau la résolution de découvrir au roi les complots formés contre son État, malgré les considérations politiques qui auraient pu vous arrêter. Vous avez mérité toute sa confiance, dans un temps oû Monsieur, frappé d'une maladie mortelle et désespérée, vous laissa la place d'héritier présomptif de la couronne; mais songez qu'à partir de cette époque la France entière et l'Europe même vont avoir les yeux fixés sur votre Majesté. C'est à vous, Sire, à composer tellement votre vie et vos actions, que non-seulement le public n'y trouve rien à reprendre, mais encore tout à louer. J'entends, Sire, que le roi y reconnaisse une révérence envers lui, les princes une fraternité, les parlements un amour de la justice, la noblesse une magnanimité, le peuple un soin de son soulagement, le clergé une modération, vos ennemis une clémence et facilité, tous, en général, un naturel débonnaire, éloigné de perfidie, de dissimulation, de vengeance et d'animosité, vertus qui ne vous sont pas acquises, mais naturelles. Il faut qu'en votre maison on voie quelque splendeur, en votre conseil de la dignité, en votre personne de la gravité, en vos actions de la constance et de l'égalité. Je dis ceci , Sire , parce que votre Majesté; s'est contentée jusqu'ici du témoignage de sa conscience contre la calomnie; à un particulier qui n'a à répondre que de soi-même, cette façon de vivre serait propre et convenable; à vous qui êtes né pour tous, non- seulement la vertu et la prudence, mais la réputation de prudence est

LITRE XVII

nécessaire. Pardonnez encore un mot, Sire, à votre fidèle serviteur, ces amours si découvertes et auxquelles vous donnez tant de soins, ne sont plus de saison; il convient maintenant que vous fassiez l'amour à toute la chrétienté et à la France ; vous en recueillerez des faveurs honnêtes et légitimes, quand Dieu, le droit et l'ordre de la succession vous appelleront au trône.»1

Le jeune homme que le roi de Navarre honorait ainsi de sa confiance, était né à Buhi, le 5 novembre 1549.*

Son père Jacques de Mornay, sieur de Buy, était un catholique qui voyait avec une grande douleur les progrès que faisait la réforme dans le royaume. Ses soins et sa vigilance pour empêcher les idées nouvelles de pénétrer dans l'intérieur de sa famille furent en partie infructueux. Françoise du Bec-Crespin, son épouse, femme d'un esprit distingué , voulut savoir la cause pour laquelle on mettait I à mort les hérétiques; elle la sut, et, comme Anne Dufour et tant d'autres, elle se rangea du côté des victimes; mais elle ne fit ce pas décisif qu'à la mort de son mari, arrivée en 1559.

Cette femme distinguée donna à son fils pour précepteur Gabriel Prestat, partisan secret comme tous les lettrés de cette époque des idées nouvelles. Ce fut cet érudit qui, comme nous le lisons dans la vie de son élève, «fit couler dans son esprit les principes de la pure doctrine.» Le père de l'enfant qui s'en aperçut, renvoya le maître, mit son Gis à Paris au collège de Lizieux, et le confia à un zélé catholique qui eut bientôt effacé dans l'esprit de l'enfant '.es traces des premières leçons de Prestat.

Le jeune Mornay, en sa qualité de cadet de famille, Hait destiné à l'église; des grandeurs l'y attendaient. L'un le ses oncles, doyen de Beauvais, lui réservait ses riches jénéfices, l'autre , évêque de Nantes, l'assurait de sa promotion.

La mort de son père qui survint, et qui laissa son épouse

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