‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 106 sur 258 · D'Aubigné, t. V, chap. IV, p · texte numérisé non relu

D'Aubigné, t. V, chap. IV, p

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et chez les protestants, après la mort, du duc d'Anjou, ne nous laisse aucun doute sur ce côté si humiliant de la nature humaine. Cette partie des événements dont nous sommes l'historien n'est pas la moins curieuse à étudier ; elle nous instruit plus que le récit des batailles et des sièges, elle nous montre l'homme dans le plein épanouissement de son égoïsme, adorant ou brisant le lendemain ce qu'il avait brisé ou adoré la veille , et faisant cela sans embarras, sans rougeur au front, n'essayant pas même dans ses volte-faces de ces transitions qui donnent l'apparence d'une conviction.

Les réformés, jusqu'à la mort du duc d'Alençon, avaient eu des tendances républicaines, sans être républicains; partisans du gouvernement représentatif, ils avaient toujours demandé la convocation des États généraux, et Othmann avait émis des idées d'une hardiesse étonnante. D'une main résolue et hardie il avait nié le droit divin des rois et placé l'autorité souveraine dans la nation, dont ies princes ne sont que les représentants. De là cet appel que les réformés faisaient sans cesse aux États généraux contre les violences et les oppositions de la cour. Conséquents avec leurs principes , ils les avaient introduits dans leur organisation religieuse et civile, et avant que l'Angleterre eut appliqué, sur une large et féconde échelle, le gouvernement représentatif, les huguenots le réclamaient et le pratiquaient. Par contre , les catholiques défendaient contre Othmann et ses disciples le droit divin des rois et niaient à la nation celui de faire entendre ses remontrances et ses plaintes. Ce n'était qu'à regret qu'ils consentaient à la convocation des États généraux, quoique ceux-ci ne représentassent qu'imparfaitement la nation. Ils les subissaient, et au besoin, quand ils leur étaient favorables, ils s'en servaient comme d'une arme , dût cette arme blesser le roi régnant par la grâce de Dieu.

Telle était la foi politique des deux partis, quand la mort du duc d'Anjou opéra un revirement subit dans ces opinions qu'on aurait cru passées chez eux à l'état de principe.

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