‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 107 sur 258 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

Les seigneurs protestants attachés à la personne du roi de Navarre comprirent, ainsi que leur maître, tout l'avantage qu'il y avait pour eux d'établir le droit indestructible du sang royal à succéder à la couronne de France, le prince fût-il hérétique, relaps, excommunié ou étranger. Ils le firent nettement, carrément, et nièrent aux États généraux leurs droits. S'il était loisible, disaient-ils dans un mémoire public pour le roi, à un peuple de n'endurer la nomination d'un prince hérétique, il lui serait loisible aussi de procéder à une nouvelle élection de celui qui serait trouvé plus digne et agréable. '

Cette doctrine du pouvoir absolu fut combattue habilement par Guise qui, dans ce moment, redoutait les menées

k des politiques qui poussaient le roi de Navarre à changer de religion. Dans la prévision de cette éventualité, qui aurait enlevé à la ligue tout prétexte légal d'agir, et à luimême ses espérances de grandeur , il écrivit la lettre suivante au duc de Nevers, l'agent des politiques; l'homme s'y décèle tout entier: «Monsieur, lui écrit-il, si la négociation dont vous vous mêlez tendait à une vraie paix et conservation de la foi catholique, il n'y a point de doute qu'il ne fût licite et méritoire d'aider à un tel bon œuvre; mais selon le jugement et opinion de chacun , le but difficile n'est autre que de remettre un relaps dans l'espérance de la couronne de France, lequel sera toujours suspect et le doit être aux catholiques; et, ce me semble, n'est pas honnête d'être auteur de telle paix, ni aider à l'effet d'icelle en quelle manière que ce soit. Si le roi de Navarre aujourd'hui était catholique et réhabilité pour la couronne, il n'y a personne qui ne jugeât que la religion catholique

I serait en bien pire état qu'elle n'est à présent, et en cela on peut considérer les exemples des choses passées ,

j comme de Julien l'Apostat et de la reine d'Angleterre, laquelle, pendant la vie de sa sœur, feignit d'être catholique, et de Maximilien, le père de l'empereur à présent vivant, que le pape et le roi d'Espagne croyaient qu'il se dût faire catholique , et néanmoins mourut en son hérésie.

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