Mémoires de la ligue, t. Ier, p
L'on peut considérer qu'il y a d'autres princes du sang catholique, outre M. le cardinal de Bourbon, qui doit être le premier pour succéder à la couronne. M. de Nevers, celui-là qui tue un homme pèche; mais aussi pèche qui l'expose au danger de sa vie, et à plus forte raison pèchent ceux qui exposent un royaume catholique au danger de la vie spirituelle. Que désirent les hérétiques, avant toutes choses? C'est de voir le roi de Navarre promu à la couronne, ce qu'ils feraient sans espérance de quelque bien et avantage pour eux et conservation de la religion huguenote; aussi est-il notoire que tous les meilleurs catholiques sont ennemis du roi de Navarre, et par ainsi, s'il parvenait à la couronne, les voudrait exterminer, du moins serait conseillé de le faire; c'est aussi chose reconnue qu'il ne s'accorde avec sa femme, il est en terme de la répudier, ce qu'il ne peut faire selon la loi divine et religion catholique. Ainsi donc il retournera toujours en hérésie pour exécuter cette sienne passion, ce qui est assez témoigné par le roi Henri VIII d'Angleterre, lequel, pour répudier sa femme, se détourna de l'obéissance du pape, ne le pouvant autrement. Et vous, M. de Nevcrs, qui avez acquis une grande réputation pour votre fermeté de foi envers le pape, vous vous mettez en danger de fairÔ concevoir autre opinion, d'autant que le roi de Navarre est excommunié du pape. Plusieurs catholiques se scandalisent de voir M. le duc de Nevers en cette négociation, et se sentant désunis de celui sur lequel ils avaient leur principale attente, ils auront moins de volonté de combattre pour la religion. L'on ne voit en cette négociation autres princes, ni seigneurs de qualité, et peut-être, si M. de Nevers n'y était, la reine mère ne l'embrasserait comme elle fait, du moins n'aurait tant de forces qu'elle aura, étant assistée d'un prince de tant de valeur et forte renommée. Et s'il arrivait que le roi de Navarre se fît catholique, ne s'ensuivrait qu'il fut réhabilité à la couronne , et faut penser que le pape ne l'accordera jamais, l'ayant excommunié et ôté le droit qu'il y pouvait avoir; même l'on doute si Sa Sainteté le pourrait faire, puisque cela tournerait au préjudice du royaume. Le peuple duquel serait exposé au danger de l'hérésie par rétablissement d'un tel roi, et étant toujours de la religion huguenote dans soo