LIVRE XVII
âme ne peut sa réhabilitation être valable que par une élection nouvelle du peuple.1»
L'homme qui écrivait ces lignes et qui en appelait aux États généraux n'était rien moins que catholique; c'était un sceptique, comme le roi de Navarre. «Pour la religion, dont tous deux font parade, disait le célèbre Montaigne au eune de Thou, c'est un beau prétexte pour se faire suivre par ceux de leur parti; mais la religion ne les touche ni l'un ni l'autre; la crainte d'être abandonné des protestants empêche le roi de Navarre de rentrer dans la religion de ses pères, et le duc ne s'éloignerait pas de la confession d'Augsbourg que son oncle de Lorraine lui a fait goûter, s'il pouvait la suivre sans préjudice à ses intérêts. »
Le jugement du célèbre auteur des Essais, quoique un peu sévère à l'égard du prince Lorrain, est vrai au fond. Un homme immoral, et le duc de Guise l'était, ne peut avoir d'autre religion que celle où il trouve ses intérêts.
Le roi qui n'aimait pas son beau-frère , mais moins encore les Guises , n'avait pas attendu la mort du duc d'Anjou pour sonder les difficultés que cette mort ferait nécessairement surgir. Dans la prévision de cet événement, il avait envoyé Epernon au roi de Navarre pour lui proposer de changer de religion et de revenir à la cour.
Cette proposition était séduisante; le saut périlleux accompli dans ce moment eût évité à la France bien des jours de deuil et de honte , et quoique fait dans un but d'intérêt, il eût paru moins intéressé.
Le roi de Navarre refusa , non par attachement à sa foi, mais par point d'honneur. Rosny, qui devait plus tard lui conseiller d'abjurer, ne crut pas le moment favorable : «Si le roi, lui dit-il, par lâcheté, fainéantise ou irrésolution laisse mettre son État en partage par les ligueurs et le roi d'Espagne, comme c'est le but auquel il visait, cantonnez-vous si puissamment dans toutes ces provinces de deçà la rivière de Loire que vous puissiez en retenir la plus grande partie , qui servira un jour à conquérir le total,